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Sud-Liban : dans le musée du Hezbollah

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Par Faten Hayed (A Nabatiyeh, Sud-Liban)

Bunkers, souterrains, chars, lance-grenades et autres «reliques» de la guerre de 2006 composent le musée de la résistance du Hezbollah contre Israël. Douze ans après le retrait des troupes israéliennes du Sud-Liban,  El Watan Week-end a parcouru le sentier de ce mémorial.

«Nous n’avons pas le culte de la guerre, mais celui de la victoire et de l’idéologie», tient à préciser Abou Imad, un cinquantenaire dont la vie n’a été qu’enterrements, sacrifices et patience. Il a été un des témoins précieux, encore vivant, de la guerre contre Israël en 2006 «Ce musée est pour le peuple libanais un symbole majeur dans l’histoire du pays, toutes confessions confondues. Nous venons en famille nous recueillir et prier pour nos martyrs, car un peuple sans mémoire est un peuple perdu et fragile», poursuit-il.

Le musée de la Résistance bâtit en 2010 sur l’ancienne base secrète du Hezbollah, par le mouvement chiite du Liban, se trouve à plus de 1000 mètres d’altitude, à Mlita (sud du Liban). Le sentier est agréable à faire en voiture, puisque les routes sont toutes praticables. Après trente minutes de trajet, on arrive à la grande porte du musée forgée dans un acier lourd qui inspire, d’emblée, la rigueur militaire, la sérénité à toute épreuve. Le vent des montagnes souffle solennellement sur la forêt qui entoure le musée et fait virevolter les drapeaux du Hezbollah. On est bien au cœur de la résistance libanaise, celle qui a sacrifié plus de 1200 combattants. «Cette terre est sainte ! Elle m’a tout de même pris mes enfants et mon mari», confie Boudour Hassen, une dame mince vêtue de noir, dont les yeux bleu clair se remplissent de larmes dès qu’elle se rappelle ses proches défunts, c’est-à-dire, «tout le temps».
Stratégie de communication

«Les chars et les armements disposés, ça et là, choquent certaines personnes, souvent des étrangers.»

«Je viens ici, une à deux fois par mois, pour me rapprocher des hommes de ma famille que nous avons perdus au combat. Ça ne m’apaise pas, contrairement à ce que pensent mes proches. Cependant, j’essaye de me rapprocher de la réalité de la résistance. Nous avons vécu un mois de folie meurtrière, jusqu’à ce que le pire arrive», raconte Boudour.
Un air austère se dégage de tout le matériel militaire placé tout au long du parcours. Le visiteur est invité à marcher sur les pas d’un vrai «moudjahid». L’aventure commence par une grande exposition, à ciel ouvert, composée de chars, voitures militaires, armements et mannequins représentant des scènes de la vie quotidienne des combattants, dans une zone hostile et difficile d’accès. Les artistes ont disposé cette mise en scène en plaçant judicieusement le matériel, ça et là, formant ainsi le mot «Tsahal» (nom en hébreu de l’armée israélienne), visible du ciel. Une manière de narguer l’armée israélienne. «Il faut imaginer  que tout ce parcours était fait de roches et de végétation. L’aménagement du mémorial essaye de donner un accès facile aux visiteurs tout en les introduisant dans la réalité du résistant», explique l’un des guides du musée.

«Les chars et les armements disposés, ça et là, choquent certaines personnes, souvent des étrangers. L’objectif n’est pas de véhiculer la violence, ou provoquer une agression visuelle, mais de montrer ce que les médias ne montrent jamais. C’est-à-dire une vision historique de ce qu’a vécu le Liban en 2006. Le mouvement chiite est d’abord un mouvement libanais qui a une conscience patriotique et non terroriste», précise notre guide en invitant le visiteur à entrer dans un tunnel étroit creusé par la résistance libanaise. Des outils basiques, presque de jardinage, sont disposés dans un coin, pour montrer aux visiteurs le dur labeur d’une telle opération. Sur les parois du tunnel, des espaces où sont exposés une chambre de prière, une autre pour les réunions, une cuisine et une pièce maîtresse, celle des opérations militaires contre Israël. «Ici, toutes les décisions étaient prises, c’est le ciment de la résistance», achève le guide. Arrivé à la fin du tunnel, l’air frais nous redonne vie et nous libère de la pression de la promiscuité : une large terrasse donne sur le ciel du Liban et les montagnes séculaires d’Iqlim El Tuffah, Zahrani, Nabatiieh, Saïda et Tyr.

«Si vous détruisez nos maisons, nous détruirons les vôtres. Si vous détruisez nos vies, nous détruirons les vôtres.»

«Le Hezbollah n’a jamais caché sa stratégie de communication et de sensibilisation, si par malheur le conflit reprend, la cible n°1 d’Israël sera ce complexe historique», affirme Firas Rifaei, enseignant et chercheur libanais. «Symboliquement, il montre au monde entier la défaite cuisante d’Israël face au Hezbollah. Aujourd’hui, le mouvement chiite œuvre dans le domaine culturel et social afin de propager ses idées et rassembler le plus grand nombre de partisans pour le bien du Liban», conclu-t-il.

La visite se poursuit vers un autre site, un mémorial où sont exposées des armes israéliennes, entre autres équipements de communications, mitrailleuses, masques à gaz… Des affiches explicatives donnent un aperçu historiquement explicite sur chaque étape de la guerre. Dans un autre bâtiment ultramoderne, un documentaire consacré à la résistance est projeté, sous-titré dans plusieurs langues et commenté par Hassan Nasrallah, réitérant que le Hezbollah sera toujours prêt pour une autre guerre. Le documentaire se termine par cette phrase à l’attention d’Israël : «Si vous détruisez nos maisons, nous détruirons les vôtres. Si vous détruisez nos vies, nous détruirons les vôtres.»

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Cette entrée a été publiée le septembre 28, 2012 par dans Actu, En images, et est taguée , , .
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