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Festival de Cannes: Confusion des sentiments

Dans trois jours, la palme d’or sera décernée alors qu’il est difficile de se prononcer sur une sélection officielle décevante dans son ensemble. Le cinéaste roumain Cristian Mungiu sort légèrement du lot avec Au-delà des collines, œuvre aussi austère qu’emballante. Tout proche de lui, peut-être l’italien Matteo Garrone avec Reality ou bien Haneke et son dernier opus, Amour, largement favori de cette compétition 2012. Or depuis deux jours, a surgi l’enfant terrible du cinéma français des années 80, Leos Carax, qui a vampirisé pratiquement toute la populace journalistique de Cannes. Holy Motors, selon un confrère, est « le film qui fait oublier tout le reste ». Nous y reviendrons demain. Au programme, deux films issus de la sélection et une surprise aussi courte que jouissive.

D’abord la surprise qui se nomme Mounia Meddour. Jeune réalisatrice algérienne, découverte avec deux documentaires, l’un sur l’héritage familial à travers le prisme de la cuisine marocaine, l’autre sur la génération montante du cinéma algérien. Deux films qui ne m’ont jamais convaincus, et auxquels la forme propre au reportage m’empêchait toute possibilité d’identification avec la personnalité de l’auteur. Aujourd’hui, elle revient avec Edwige, projeté au Short Film Corner, qui en une quinzaine de minutes réussit à revoir à la baisse tout le scepticisme que je pensais de ses filmages précédents. Pitch : enchainement mathématique de faits et gestes, quotidien solitaire et puis au détour d’une seconde, un homme pénètre délicatement dans la vie d’Edwige. Par un concours de circonstance, elle se sentira aimée, appréciée et indispensable aux yeux de ce mâle avant qu’elle se fasse rattraper la vérité.

Plus à l’aise dans la fiction, Meddour empoigne 15 minutes de la vie du personnage-titre et nous les jette en pleine face. Cela aurait pu virer au sensationnalisme, ce sera un thriller glacial et romantique à la fois. La mort toujours en mouvement, traverse des plans carrés où la fixité de la caméra s’accouple avec la posture délicate de l’actrice Claude Perron, incarnant une Edwige remplie d’inquiétude étrangeté. On pense à Claude Chabrol et sa Cérémonie ou la série des Lavardin, et on a raison d’y songer tant la propension de Mounia Meddour à capter une froideur, une ambiance mortuaire, à ne pas sombrer dans la redondance esthétisante, est tout bonnement impeccable. Un cinéaste qu’il faudra dorénavant suivre de très près, en attendant son premier long-métrage qui reprendra le personnage d’Edwige pour d’autres aventures.

Une certaine tendance…
En attendant Muds (Jeff Nichols) et Cosmopolis (David Cronenberg), on continue de subir une sélection américaine assez passable pour ce genre de rdv festivalier. Hillcoat, Dominik et Daniels ne représentent aucunement le cinéma US actuel et sont loin derrière des iconoclastes tels que Jonathan Caouette, Durkin, Matthew Porterfield et j’en passe. Pour Thierry Frémaux, délégué général de cette compétition, le cinéma US serait un condensé de films où le scénario primerait réellement sur la mise en propos, où le casting serait un élément de mise en scène et où le formatage, une garantie pour un succès probable. Il est important de douter d’une certaine légitimité de programmateur quand on voit The Paperboy, projeté aujourd’hui et réalisé par le déjà responsable du poussif Precious, Lee Daniels. Redites scénaristiques, intentions peu claires pour un film qui part dans tous les sens, prenant trop de pincettes dans cette adaptation gentillette. La caméra de Daniels a du mal à se démarquer de cette (fausse) histoire où une enquête policière vient déstabiliser le quotidien laxiste d’un jeune éphèbe qui finira par connaitre ses premières désillusions de la vie. Neuf jours se sont écoulés et la fatigue vient prendre le pas sur la vision des films. Mais qu’on se rassure, pas besoin d’être en forme pour voir en The Paperboy, un essai fondamentalement raté. Le cinéma est à son meilleur quand il oblige le spectateur à faire des concessions. Celui du mexicain Carlos Reygadas surgit à point nommé dans une compétition, après une série d’œuvres plaisantes mais qui ne forcent jamais la main de la réflexion et/ou dont l’auteur n’aurait pas suffisamment mouillé sa chemise. Moonrise Kingdom (Wes Anderson), Après la bataille (Yousry Nasrallah), La Part des Anges (Ken Loach), In Another country (Hong Sangsoo), peu ou prou de propositions audacieuses pour une sélection qui se doit d’être irréprochable.


Post Tenebras Lux, sans être le meilleur film de son auteur, continue de poser de belles interrogations sur la mythologie de notre société tout en alimentant un cinéma exigeant dont la déconstruction permanente serait un leitmotiv. Déjà reparti de la Croisette avec le Prix du jury 2007 pour Lumière silencieuse, Reygadas colle autant de vignettes que de mystères dans un récit qui étouffe – parfois – de par sa trop grande désarticulation narrative. Probable que ce film ne restera pas dans les esprits cannois, mais il a ce mérite de nous plonger dans la mémoire sélective d’un cinéaste qui questionne généreusement sa part de douleur et d’enfance. Certains plans sont pris d’un accès de folie (séances sadomasochistes, violences soudaines du personnage principal) voire d’une fulgurance qui donne une beauté étonnante, rappelant à l’ordre le cinéma primitif, celui d’une nature extrêmement forte.

Reygadas ne filme pas une logique, mais plutôt son côté obscur, quelque chose qui oscillerait entre des personnages à la mécanique déglinguée et une situation parfois ubuesque. Tout y passe dans ce malstrom d’historiettes dans lesquelles un couple tente d’élever leurs enfants à la Campagne, entre lumière d’un acte isolé et noirceur d’une force spirituelle mesquine. Le film conserve évidemment une spiritualité qui déréalise (trop) souvent l’accès aux plans de Reygadas, et refusant finalement une issue de secours qui aurait permis au spectateur de souffler. Un film qu’il faudra revoir sous peine de louper le coche!

Samir Adjoum

2 commentaires sur “Festival de Cannes: Confusion des sentiments

  1. mouraddz
    mai 25, 2012

    Nonobstant le bond qualitatif de la quinzaine des réalisateurs, avec le Cinéma Novo Latino-Américain incarné par nelson Pereira Dos Santos , Et malgré la présence remarquée et prometteuse de Merzak Allouache et de Rachid Djaidani ;Franchement, je suis plus ou moins déçu par la sélection cannoise de l’an 2012.Et je tenais à le faire entendre avant la grande marche de la palme d’or.
    Car avais-je observé qu’après le cru exceptionnel de l’an dernier, la sélection 2012 rappelle plutôt l’édition 2010 et sa tendance à un cinéma mondial faussement rafraîchissant et pas universaliste sur les bords d’un cinéma d’auteur. Un cinéma qui donnerait sa chance à un autre Lakhdar Hamina ,depuis un autre monde plus vaste que le tiers en terme d’inspiration ,de création et de composition.L’Autre principale raison de ma déception est l’absence de Prometheus de Ridley Scott,et de The Dark Knight rises de Christopher Nolan.Sans occulter l’autre raison corrélaire à ma déception et qui tenait son origine à la présence de Michael Haneke à ce festival de Cannes ;une présence qui a de quoi sérieusement laisser dubitatif quant à la teneur académique de la sélection cinématographique du festival de cannes.Et pourquoi vous le cacher: sa Pianiste de 2001 ,à la sulfureuse thématique sexuelle incarnée par isabelle huppert et qui n’est point mon genre de femme dans le cinéma de cannes,ni dans ma vie de mélomane Algérien qui aimait le piano à la note d’un Richard Clayderman et d’un Francis Lai;et à la composition d’une isabelle huppert imprégnée par le talent exceptionnel d’une diane Venora dirigée par l’immense Clint Eastwood dans bird ,le temps d’un grand moment de jazz avec Charlie Parker!.Oui,j’ose le dire, pour avoir vu certains de ses films Michael Haneke ,c’est la glaciation émotionnelle du cinéma dans sa qualité cannoise comme dans sa thématique.Une glaciation émotionnelle contaminant jusqu’aux critères de sélection de cette année.Oui,la glaciation de la mort est le dénominateur commun de plusieurs films dans la sélection de 2012.Et je cite à nos amis cinéphiles notamment:…
    holy motors ,ce film dans lequel un Homme ne cesse d’emprunter des identités transexuelles. Lui, qui n’a d’ailleurs pas de vie, pas d’attache, pas de foyer et point de famille.
    Mais, il y allait de sa quête excavatrice pour une famille,une stabilité,et une vie portée par un enfant qui naîtrait d’un amour de femme.
    Mais pouvait-il y réussir cet homme dans sa glaciation émotionnelle et depuis ses perversités transexuelles et homosexuelles ;certainement pas, vous dis-je!.
    Et moi l’Algérien qui ne milite dans aucun parti politique Algérien ,et qui pourrait être l’incarnation d’une gauche Algérienne,moderne,républicaine et pragmatique à la Tony Blair,avec des valeurs et de la justice sociale en plus,et une vasslité en moins ;et bien j’ai le courage de dire ma pensée in this holy motors: Dire que la transexualité et l’homosexualité ne sont pas des orientations sexuelles,car,en fait elle sont la symptomatologie d’un dérèglement hormonal.
    oui, une perversité pulsionnelle au sens biologique et pathologique du terme.Et la meilleure tolérance qu’on puisse témoigner à l’égard des homos, c’est de les intégrer dans la vie; en leur faisant admettre cette vérité assénante, qui est à même de les convaincre à s’astreindre à des psycho-thérapies adéquates,sinon leur interdire de s’adonner à des perversités Thailandaises à la Frédéric Mitterrand .tiens,tiens,l’ex- ministre de la culture en France.Un ministre qui ne laissa pas son poste orphelin aprés le six mai 2012 . (relisez son livre vantant sur des bords pédophiles la tourisme sexuel, et vous comprendrez mieux).Oui,l’homosexualité c’est quelque part la mort de la vie et de l’amour que peuvent porter un homme et une femme dans le cinéma de cannes , dans les arts ,ou dans une relation d’amour portée par un contrat d’amour ,et pour la vie .Elle est aussi, ce cri strident d’une fausse note assassine et contre -nature ,qui venait de tuer la magnificence de Saturday night’s alright and the Sleeping with the Past ,dirait la composition d’un Elton John.Et conséquemment l’art qui a si violenté James Dean jusqu’à la mort.
    Et vous n’avez encore rien vu, d’Alain Resnais, qui brave la mort. Un homme de théâtre fait convoquer ses amis acteurs après son décès. Lui,qui a déjà enregistré une requête avant de mourir ;ce film semble être librement adapté de la pièce de théâtre Eurydice, de Jacques Anouilh; en reprenantl’idée qu’il faut(l’impossible étant qu’il faille) parfois mourir pour mieux poursuivre son œuvre,sinon survivre à l’inachevé d’un mérite si ce n’est un échec ,et ce,par une mise à mort programmée.
    Dans un registre plus réaliste, La part des anges, de Ken Loach, symbolise la rédemption d’un délinquant qui se passionne pour la distillation du whisky. Cette part est l’alcool qui s’évapore pendant le vieillissement en fût, le reste finissant dans une bonne bouteille. C’est peut-être là, pour Ken Loach, une allégorie de ce qu’il faut abandonner de soi pour se bonifier une renaissance; qui risque d’être fatale si l’enfantement y était par une addiction démoniaque à l’alcool…
    une allégorie de ce qu’il faut abandonner de soi pour se bonifier une renaissance; qui risque d’être fatale si l’enfantement y était par une addiction démoniaque à l’alcool.Une allégorie qui nous renvoie à la pianiste de Michael Haneke.Mais vers quoi cette mort imagée par glaciation émotionnelle à cannes conduira-t-elle?. Réponse à Cannes de la palme , un jour de l’an 2012.
    Un jour pendant lequel j’espère tant que la dite mort ne sera pas celle du cinéma de cannes; qu’aimions tant, nous autres qui sommes les Algériens de la cinéphilie exigeante et indépendante d’esprit critique.

  2. mouraddz
    mai 25, 2012

    CORRECTIF
    le tourisme ai-je voulu écrire

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Cette entrée a été publiée le mai 24, 2012 par dans Cinéma, Journal d'un cinéphile extrémiste, et est taguée , , , .
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