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le laboratoire médias

Festival de Cannes: « Bise légère »

Enfin un peu de légèreté et de fantaisie avec deux récits bien peaufinés qui impressionnent parfois par la simplicité de leurs actes. D’abord celui qui surprend, Ken Loach, trop souvent habitué aux grosses machines de guerre assez didactiques où tel le Don Quichotte du cinéma, il pourfendrait de sa caméra les injustices sociales et autres fruits pourris, produits et exportés par notre société de consommation. C’est toujours honnête mais rarement jubilatoire. C’est du Loach, nous en connaissons un rayon, inutile donc de s’apitoyer sur notre sort. Et puis The Angels’share arrive.

Belle histoire d’un jeune adulte, délinquant notoire, qui devient père au moment où il doit effectuer 300 heures de travaux d’intérêts généraux. Au cours d’une sortie, il se découvre un talent de dégustateur de whisky. Très vite et pour se débarrasser d’un passé encombrant, il décide de se prendre en main. Une idée surgit. Ce sera la bonne! 

Loach renoue avec la comédie sociale, toutes ces graines de finesse qu’il réussit à disperser dans des films corrects sans pour autant caresser la brillance. Riff-Raff était de cet acabit. Ça fonctionne souvent, dialogué avec autant d’ironie que d’humanisme, tous les personnages sont des petits bouts de ficelles reliées par une caméra familiale. La beauté d’Angels’share, c’est l’humilité. Loach filme comme un journaliste qui prendrait la peine d’aller communiquer frontalement avec son sujet. Sorte de touriste dans une file d’attente pour un musée d’art moderne, Loach sort souvent de ce formatage, et va voir de ses propres yeux la rudesse des petites-gens, capte leur quotidien bigarré et revient avec quelques touches de sensibilité. Il connait parfaitement ce monde, il en originaire. Mais sans forcer le trait, il convainc dans sa forme, à brasser une multitude de thématiques (Notion de paternité, Violence physique du quotidien, rapports de classe, une justice moralisatrice) et les solidifier pour créer une unité. Le résultat s’intitule Angels’share.

 



Autre cinéaste, autre pays et toujours la sélection officielle. Corée du sud, Hong SangSoo, Isabelle Huppert. Le scénario est complètement loufoque : « Dans un pays qui n’est pas le sien, une femme qui n’est à la fois ni tout à fait la même ni tout à fait une autre, a rencontré, rencontre et rencontrera au même endroit les mêmes personnes qui lui feront vivre à chaque fois une expérience inédite.» La femme, c’est Huppert. Elle semble parfois perdue, parfois autiste. Les personnages rencontrés au cours de route, un couple dont la femme est enceinte et le mari, volage ; un maitre-nageur toujours dans la lune et au corps musclé et une jeune fille, propriétaire de la résidence où loge Huppert, et qui n’est autre que la narratrice des trois histoires. C’est toujours frais et le style du cinéaste revient à la charge dans chaque plan du film. On connait maintenant sur le bout des doigts pratiquement tous ses secrets et il arrive parfois, au détour d’une séquence, de vouloir être surpris. On l’espère puis on l’oublie.
Da-reun Na-ra-e-suh est un cadeau-surprise assez sympathique, mais qu’on met de côté assez rapidement, histoire de ne pas trop nous plomber la journée. Ingratitude assumée surtout quand le film tourne dans tous les sens, qu’il peine à s’envoler, et nous dire un mot voire deux. Toujours délicat de sentir une ligne narrative qui reste à la marge. Toujours insatisfait de se sentir vieux devant un film qui voudrait rajeunir nos peines perdues. Dommage.

Samir Ardjoum

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Cette entrée a été publiée le mai 22, 2012 par dans Cinéma, Journal d'un cinéphile extrémiste.
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