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Festival de Cannes: Palme d’Os!

Jeudi 17 mai. 8h30 Grand Théâtre Lumière. Il y avait foule ce matin pour découvrir le dernier film de Jacques Audiard, De rouille et d’os, libre adaptation d’un recueil de nouvelles de Craig Davidson. Deux ans auparavant, Audiard avait débarqué avec Un prophète, et dans la foulée avait mis tout le monde dans sa poche. Résultat : Grand prix du jury. Quid de l’édition 2012 ? Première vision et déjà un sentiment amer qui vient m’envahir. Je ne reconnais pas ou prou la patte du réalisateur qui s’effiloche au fil des plans qui me prennent en otage, me forçant à accepter les errances sentimentales, physiques et familiales de ces désœuvrés de la nature quitte à passer pour un insatisfait notoire.


La bande-annonce de De rouille et d’Os

L’histoire ? Ali, grand gaillard, père d’un mioche, quitte le domicile familial pour aller se terrer à  Cannes et rejoindre sa sœur et son beau-frère. Climat oppressant, noirceur de l’âme, sauce Audiard à l’état pur. On connait. Puis c’est la rencontre d’avec Stéphanie, au détour d’une boite de nuit. Lui, videur, elle, agressée par un pochetron. Il la ramène chez elle. Un numéro de téléphone est donné, ce sera celui de Stéphanie. Comme ça, par curiosité. Plus tard, le drame survint. Elle se retrouvera sans jambes, dans un fauteuil roulant, l’œil fuyant. Ils se revoient. Une amitié amoureuse nait de leurs gestes tendres et violents. La vie n’est pas un long fleuve tranquille, De rouille et d’os sera donc agité.

La mise en scène ? Signature d’Audiard sur le papier, mais nom inconnu à l’image. On a vu ses précédents films, transcendé par De battre mon cœur s’est arrêté, intrigué par Sur mes lèvres et abasourdi par Un prophète. On a vu tout ça d’où cette déception devant De rouille et d’Os. Tout est dit, expliqué, raturé, démontré, tous les détails sont captés à la loupe, tout le récit s’emmêle les pinceaux. Trop de « tout » et pas assez de zones d’ombres, de mystères, de voluptés, de ces choses que le spectateur souhaiterait s’approprier jalousement. Lorsqu’Ali emmène pour la première fois Stéphanie à la mer, après qu’elle ait eu son accident, il est évident qu’il lui proposera d’aller nager. Quand Audiard filme dès le début un générique en forme de rêve où l’on entr’aperçoit un enfant sur le point de se noyer, on devine facilement l’issue du film. Quand la séquence finale survient, de suite, nous savons qu’une belle déclaration explosera dans le plan. Nous devinons énormément car le film ne prend jamais la peine de suggérer l’émotion. Il nous la jette en plein visage comme le point ensanglanté d’Ali sur ses adversaires. A l’instar de Wes Anderson (Moonrise Kingdom) et de Yousry Nasrallah (Après la bataille), Audiard ne tourne pas en rond, pire que ça, il a du mal à filmer à hauteur de spectateur le sentiment amoureux. Inquiétant pour un cinéaste qui a toujours su filmer ses propres romances.

Samir Ardjoum

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Cette entrée a été publiée le mai 17, 2012 par dans Cinéma, Journal d'un cinéphile extrémiste, et est taguée .
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