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Festival de Cannes: « Moonrise Kingdom », un plan d’avance sur le réalisateur

Cannes 2012, 65e édition pour un festival qui n’en finit plus de susciter autant de passion que de colère. L’injustice, parfois, traine la patte tandis que les flashs des photographes alimentent les pages «people» de canards déchainés. Au beau milieu, se terre une quantité (200, 300 ou 400 ?) incroyable de films éparpillés entre la sélection officielle, Un certain regard, La Quinzaine des réalisateurs, la semaine de la critique, l’ACID, le Short Film Corner et le Marché du Film.

Trop d’images, pas assez de recul pour sonder le ou les films qui méritent de l’attention, et un défilement de stars et autres furies en laisse. C’est la règle du jeu et il faut très vite en connaitre un rayon de peur de passer à la trappe. Pour que la critique puisse établir correctement et respectueusement son travail de «loueur de cinéma», il faudrait qu’elle prenne suffisamment de temps pour revoir le film. Chose malheureusement impensable (certains diront «inconcevables») au sein d’une manifestation aussi intense que le festival de Cannes. Ce journal de bord ne prétend donc pas à une sérieuse analyse des films qui seront découverts durant une douzaine de jours. Ce ne sont que des propositions lancées avec autant de forces, de colères et de joies sur des œuvres qui continueront pour certaines, à fleurir dans l’esprit torturé du critique.

Au programme de cette première journée, deux films de la sélection officielle dont l’un, projeté à 19h30, lors de la Cérémonie d’ouverture: Moonrise Kingdom est l’ultime opus du plus européen des cinéastes américains, Wes Anderson. Pour ceux qui ne connaissent pas le phénomène du cinéma américain, Moonrise est son 8e film. Personnages mi-décalés mi-depressifs, univers parfois figé et caméra qui prends le temps et le soin de décrypter tout ce beau monde. Anderson manie l’humour avec des gants propres, sans fioritures, allant droit à l’essentiel et usant d’ellipse qui participe à sa construction narrative. Cette fraicheur survenue en 1998 avec Rushmore, a (re)mis sur la place américaine, une brochette d’acteurs géniaux (Owen et Luke Wilson, Jason Schwartzman et le toujours indétrônable Bill Murray), une utilisation de la musique aussi pertinente qu’envoûtante (revoir la très belle séquence des retrouvailles de Luke Wilson et Gwyneth Paltrow  sur une chanson de Nico dans La Famille Tennenbaum que vous trouverez ici ) et un sens du montage particulièrement travaillé.


Moonrise Kingdom ne change pas d’un iota et c’est en partie son défaut. Le pitch est simple : Suzy et Sam s’aiment, sont âgés de 12 ans et vivent sur une île au large de la Nouvelle-Angleterre. Nous sommes en 1965 et les deux tourtereaux décident de fuir le monde des adultes pour aller vaquer à leur propre occupation : s’aimer librement. Même si le film est traversé par de très belles fulgurances (toute la partie « Pierrot le fou » où nos deux enfants errent dans l’île  à la recherche de l’amour ou bien le final avec un véritable travail sur la composition picturale), le résultat est au-deçà de ce que l’on attendait d’un réalisateur qui tourne son huitième film. Il est évident voire vital, que le spectateur puisse ou doit s’attendre à un revirement, à un-je-ne-sais-quoi qui le sortirait de ses retranchements, qui lui donnerait le désir de croire de nouveau en l’auteur. Or depuis 2007 et Darjeeling Limited, Anderson a tendance à tourner en rond, à se morfondre dans ses propres clichés et à ne plus supporter l’air qui passe. C’est d’autant plus regrettable qu’il est très facile de deviner où le film veut nous emmener. Un plan d’avance sur le réalisateur en somme !
A suivre…

Samir Ardjoum

Un commentaire sur “Festival de Cannes: « Moonrise Kingdom », un plan d’avance sur le réalisateur

  1. Sofiane
    mai 17, 2012

    En complément de la lecture de la presse écrite, je suggère l’écoute des podcasts de « Kaboom l’émission » : http://kaboomemission.com/festival.php

    Cette émission est animée par des critiques de cinéma jeunes et professionnels, présents en ce moment à Cannes, qui vous feront vivre le festival au jour le jour en leur compagnie. Par rapport au courant dominant de la presse francophone et notamment française, ils offrent à mon avis un regard neuf, indépendant et fouillé sur le 7e art.

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Cette entrée a été publiée le mai 16, 2012 par dans Cinéma, Journal d'un cinéphile extrémiste.
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