El Watan2

le laboratoire médias

BOLOGHINE PARANO : Ou comment je me suis disputé avec Canal Algérie !

Par Samir Ardjoum

Samedi 3 mars 2012. Bologhine, quartier de Malakoff, 22h passées, une petite pièce qui fait office de chambre à coucher et au fond de cette salle tamisée, l’ennemi qui se dresse devant moi. Petite lucarne fennec, poste TV et une chaîne en boucle. Canal Algérie, le laboratoire des Algériens d’ailleurs et de quelques Pecos du pays, sera mon exclusivité durant 7 jours où je regarderai, décrypterai, analyserai tout ce qui se trame dans cet immobilier audiovisuel. A quelques mois de la présumée ouverture du champ audiovisuel, il serait judicieux de se pencher sérieusement sur la forme et le fond d’une chaîne régulièrement vilipendée et finalement peu regardée pour espérer ( ?) voir autre chose dans les mois à venir.

Plateau de « Bonjour l’Algérie »

Au début, j’avais prévu de tenir un journal de bord. Procédure simple qui m’aurait permis de m’adonner à des envolées comico-lyriques. Rapidement, et après avoir relu le contenu de quelques jours écoulés, je constatais une certaine radicalité dans mes propos, attitude véhémente et lorgnant souvent un jugement de valeur. Difficile en effet de n’offrir qu’un visage tiraillé de rictus et autre crispation légitime devant une pléthore de programmes adorablement lourds ! Comment ne pas se disputer avec des animateurs (rices) qui ne sont là que pour remplir une case horaire sans pour autant se soucier du manque de logistique, voire d’atmosphère professionnelle ? Exemple parmi tant d’autres et qui confirme une certaine fumisterie dans l’approche audiovisuelle : un matin, 9h précisément, un simple plateau et une brune brûlante entourée de deux invités. Des réalisateurs. Je regarde «Bonjour d’Algérie». L’un des deux réalisateurs, le plus bavard, parle de son film sur la Kabylie. Puis l’animatrice annonce que nous allons voir un extrait du film. Le réalisateur se penche alors sur son ordinateur portable et lance le film tandis que le caméraman effectue un zoom avant sur le cadre de l’ordi… Pénible !

L’idée d’un journal de bord ensevelie sous le sable de mon amertume, je me lançais vers une autre piste, un chouia analytique, mais qui serait dénuée de la méchanceté verbale et plus ancrée dans un respect équivoque entre la petite lucarne et le spectateur. A ce propos, quid de cet hurluberlu qui aurait eu l’outrecuidance de se poser quelques minutes devant son poste TV ? On cherche, on creuse, on rame parfois, mais impossible de dénicher une once de captation à l’encontre du public. Chaque émission est savamment pensée pour faire la nique au spectateur, pratiquement peu d’interactivité (excepté «Bonjour d’Algérie», pâle resucée de toutes ces matinales dont les ménagères occidentales consomment sans modération), un décor qui donne envie de fuir (peu ou prou de dispositif scénographique qui serait le contrepoint entre la thématique et la manière de filmer ce fil conducteur) et surtout un improbable désir de ne pas écouter ceux pour qui la chaîne a été créée. Tout le problème de Canal Algérie réside dans ce fait.

Le public n’a jamais été abandonné, pire que ça, il est ignoré. Chaque animateur a cette fâcheuse tendance de parler face à la caméra pour prouver sa propre légitimité professionnelle.

Serge Daney, un critique de cinéma, remarquait, à ce propos, qu’un journaliste tel Patrick Poivre d’Arvor n’informait aucunement le spectateur devant sa télé, juste son éternel patron pour le rassurer de l’avoir embauché, quitte à faire un travail correct. Sur Canal Algérie, le verbe est sans importance, il est lancé sans avoir été au préalable canalisé, démystifié et donné comme la fleur d’un secret. Ajoutez à cette configuration mortifère une absence totale de corps et vous obtenez des silhouettes qui clament des redites et qui n’accrochent jamais le spectateur.

Ahmed Lahri

La TV, excepté son statut de passeur pédagogique, devrait aussi redonner un peu de fiction dans la vie balourde du microcosme algérien. Un peu de surprise, de choses déjantées, de direct sans concession. Parfois, au gré d’un couloir cathodique, surgissent des objets physiques non identifiés. Observez Ahmed Lahri et/ou Youssef Saiah, leurs gestes posés et carrés, la scénographie de leurs espaces d’information (l’un présente une émission politique, «Questions d’actualité», tandis que l’autre, ancien avocat et comédien, présente la seule et véritable émission littéraire, «Expression livre») et surtout l’écoute qu’ils offrent sans interrompre le dialogue de leur(s) partenaires. Ils font de la TV «avec» le spectateur et non «pour», ce qui crée une proximité réelle et inespérée. Les décors sont épurés, quand ils s’adressent à leurs invités, ils ne regardent jamais la caméra, l’oublient, se penchent vers le récepteur, tandis que la caméra les filme à hauteur d’homme, c’est-à-dire sans appuyer sur le statut de l’un ou de l’autre.

Karim Amiti

Une émission telle que «Culture club» pourrait être l’antithèse de celles citées ci-dessus tant le temps est largement vidé de l’âme réflectif au détriment d’un verbiage sans fond.

Les invités parlent peu, tandis que l’animateur, Karim Amiti, s’adresse constamment à la caméra tout en ayant cette bizarrerie de refuser l’entrée de la culture au spectateur qui ne ressent pas cette proximité évoquée avec «Expression livre».

Quand Amiti parle d’un livre, il montre la couverture ou lit des passages en surjouant (ou surlouant), donc en amplifiant un sentiment qui n’a pas besoin d’être manipulé, car déjà présent dans les lignes. Finalement, il se réapproprie malgré lui l’œuvre de l’écrivain qui, au passage, lui doit l’allégeance d’une sacrée reconnaissance. Et toujours cette sempiternelle question : le spectateur dans tout ça ? Difficile de comprendre le cahier des charges d’une émission qui amoncelle plusieurs voix, plusieurs sons de cloche, dont l’encadrement serait un plateau composé d’écrans plasma pour mieux montrer que la TV est omniprésente. Erreur ! Car le sieur Amiti regarde le spectateur, un écran plasma derrière lui et nous, pendant ce temps, voyons de très loin ce fantasme en mouvement. Un club pour la culture ? Désolé, mais «je ne voudrais pas adhérer à un club qui m’accepte comme membre».

Quand la TV ne tend aucune perche, quand elle se refuse de servir le spectateur, on peut espérer au moins qu’elle informe correctement voire normalement. C’est pire ! D’emblée, il est surprenant de constater qu’aucune image provenant de pays étrangers n’est montrée avec un son direct, lors du JT. Je regarde, par exemple, l’édition de midi qui peine à donner des nouvelles du front. L’international, aux yeux des «organisateurs», est exempt de son. Cruel constat, surtout quand les images qui défilent présentent un sens antinomique avec le texte de la journaliste. L’importance dans ce charabia visuel ? Sans doute remplir la case horaire ! Canal Algérie n’informe pas, elle appuie sur une énième vitrine d’accessoires glorifiant des patrimoines ensevelis. Tout comme cette émission intitulée «Canal Foot» où les invités sont installés aux deux extrémités d’une énorme table où trône un arbitre en la personne de Redouane Bendali.

Intrigant de voir d’innombrables plans larges où la distance entre le spectateur et le plateau est tellement conséquente qu’elle en devient discriminatoire.

Si je n’arrive pas à les caresser, à les approcher, à croire naïvement qu’ils se trouvent tous dans mon salon, quelle serait donc la fonction première de la TV ?

Très vite, j’ai eu le sentiment d’être délaissé par une chaîne qui se fiche de ceux ou celles qui auraient l’outrecuidance de la regarder. Pratiquement, tous les jours, je remarquais qu’entre la fin de «Bonjour d’Algérie» (fixée à 9h30) et l’édition du journal de midi, «150 minutes de choses abscons», où aucune création originale ne venait pointer à l’horizon et comme si la pédagogie de la TV était le cadet des soucis des programmateurs. Il manque évidemment un contenu et, très vite, j’ai l’impression que la chaîne existe réellement et seulement le matin entre 8 et 10h, et le soir à partir de 19h jusqu’à minuit. J’ai l’impression de voir un chantier perpétuellement en (re)construction comme La Casbah !

Et lorsque je me lève, après 7 jours intenses de visionnage aussi épuisants que troublants, je ne trouve plus la force réflective et émotionnelle d’en parler autour de moi.

A quelques exceptions près, la TV algérienne est comme un Doliprane, elle te fait croire que la migraine peut être vaincue en une vingtaine de minutes, mais elle est tenace et réapparaît au moment opportun, donc elle n’est d’aucune utilité publique !

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4 commentaires sur “BOLOGHINE PARANO : Ou comment je me suis disputé avec Canal Algérie !

  1. amrani
    avril 21, 2012

    désolé,mais le papier de Samir Adjoum n’a absolument aucun sens!!!!on sentirait presque un régelement de comptes de bas etages!!ou etait t-il lorsque Karim Amiti tous les matins lors de la decennie noire,etait present ds le paysage audiovisuel,donnant la parole a tous ceux qui faisaient l’actualité de ce pays qui etait a la dérive!….les donneurs de leçons a deux sous,désolé on n’en a que faire!!!!

  2. Mohamed Khouchane
    avril 22, 2012

    Tout à fait d’accord! Pour moi Canal Algérie, c’est :

    1. des court-métrages voulant rehausser l’image touristique du Bled mais d’une manière très maladroite avec des plans de verdure insignifiants, de petits cours d’eau à moitié secs, etc. alors que nous avons des vues et des endroits à couper le souffle! Le commentateur ne fait pas vivre le public cette passion de la nature, les immenses possibilités de l’Algérie et présenté de plus avec un arabe littéraire que peu d’algériens maîtrisent…

    2. de l’hypochrisie religieuse pour endormir les gens et faire semblant de donner de l’importance à notre cher Islam avec des émissions de madayehe, genre khalq allah, etc… comme si les algériens sont butés ou débiles…

    3. des dessins animés qui abrutissent nos bambins, parfois violents et souvent traduits du japonais ou d’autres langues avec de l’arabe…littéraire à endormir les plus résistanst,

    4. des épisodes de films ou séries syriennes, espagnoles, indhoues parfois.. encoe là traduites avec un arabe … littéraire (je n’ai absolument rien contre l’arabe), mais ayez un minimum de sens de la communication!,

    5. des émissions « intellectuelles » ou « scientifiques » au cours desquelles l’animateur est le centre de l’émission, le centre des débats ou on donne peu la parole aux invités (mal choisis en général). L’exemple le plus frappant est Mr Amiti et un autre dont j’ai oublié le nom, sur la littérature etc… c’est navrant, triste et d’aucune utilité!

    C’est malheureux de voir qu’en 2012, Canal Algérie recherchée portant par des compatriotes à l’étranger comme moi soit incapable de traiter d’économie de base sans les grands chichis et les mots compliqués, exemple richesse que crée le pays et les travailleurs, son évolution depuis l’indépendance; ne peut faire des analyses politiquesavec des invités de haute classe pour les laisser parler de tout en toute liberté; parler du système de santé; débattre du système de l’éducation qui va à la dérive avec des ministères de l’éducation, de l’enseignement supérieur et de la formation professionnelle séparés???
    Regardez ce qui se fait à travers le monde, juste imiter en dapatant à notre situation. Au Québec et ailleurs, l’éducation c’est un tout… ici il y un ministère avec un ministre, un ministre adjoint, plusieurs sous-ministres et des directions centrales.. vous me direz c’est beacoup, peut être mais au moins c’est bien coordonné et bien organisé. Pas comme chez nous, le pauvre Benbouzid, Haraoubia, le ministre de la formation professionnelle travaillent chacun en silo font la pluie et le beau temps dans leur département respectif mais ils sont arrêtés par la « vision » et la « stratégie » de M. président, de M. le premier ministre, etc. Rien ne passe sans leur avis… alors imaginez… comment voulez-vous que cela marche. Ceci est juste un petit exemple de secteur et je suis certain que c’est la même approche partout.

    Laissez nos concitoyens dire ce qu’ils en pensent sur Canal Algérie ou laissez les gens créer leurs propres moyens et outils de communication. On est en 2012, bang sang!

    Je m’arrête là, mais j’en ai gros sur le coeur. Il faut des leaders qui peuvent prendre des décisions sans avoir peur et sans regarder à gauche et à droite avant de parler. Permettez de rétablir le vide qu’il y a entre gouvernants et gouvernés et faites somprendre à nos dirigeants dinosaures que sans la confiance entre le gouvernement et le peuple, Club des Pins , Zéralda, le MAE, la présidence et la défencse nationale seront toujours un lieu de privilégiés et les pseudos libérateurs de l’Algérie souverraine feront la loi et penseront à tort que l’Algérie leur appartient…

    A bon entendeur , salut!

    PS: Même si cet avis ne sera pas publié, je vous asssure que la majorité des algériens, chacun dans leur contexte pense comme moi et le censure signifiera que vous jouez le jeu des décideurs souvent incohérents et incompétents (désolé).

  3. a.zahout
    avril 25, 2012

    surtout la meteo , ils nous donnent le temps qu il fait au mexique et a tataouine de pentagonie. ils devraient prendre exemple sur medi 1 c est le maghreb qui nous interres pas la floride ou new york

  4. mouraddz
    avril 26, 2012

    permettez qu’une fois encore je revienne de ma plume titiller une réalité dans un contrechamp qui vous corrobore quelque part: à la lecture du projet de loi sur l’information je dirai que l’avènement d’une ère de liberté de la presse et de démocratie à travers une deuxième république algérienne n’est aucunement inscrit dans l’ordre du jour du pouvoir prétorien algérien. Car si tel n’était pas le cas la feuille de route y amenant aurait été toute autre que cette loi ridicule de l’information, et que ce simulacre d’élections médiocratiques ;
    tant les voies d’une liberté de l’information et de l’édition dans une démocratie d’alternance ne sont pas à réinventer.Et croyez-moi monsieur sur les gens je me trompe rarement.ah! ces gens-là!! suis-je tenté de reprendre en refrain avec JACQUES BREL.
    oui, quand on a l’essence,que dis-je? la quintessence du facto on ne joue pas aux initiateurs des réformes démocratiques.
    Oui,ces gens-là! qui régissent l’information, et la télévision Algérienne;celle-là même qui donne envie de tout casser; Sauf, hélas, sa télévision qui vous en débarasse!.
    Que dis-je sauf heureusement son plasma de télévision programmée sur la qualité télévisuelle des chaines généralistes ou thématiques d’un ailleurs arabophone,francophone ou anglophone ,que j’ai la chance de recevoir à constantine et ailleurs en algérie,et qui m’en dispense.
    oui , la télévision algérienne à l’image de l’information officielle d’un politburo dirigiste c’est un monde de médiocrité qualitative et optionnelle qui s’effondre sur une culture-citoyenne assiégée et assommée par une brute geignarde et avinée; incapable de donner à l’algérien une seule production ou information qualitativement admise aux normes mondiales ,ou de lui proposer une option de choix programmatique.
    ah! me dites-vous,mais, qui en sont responsables?.tout simplement CES GENS-Là! PARDI!.
    Des Gens qui ne sont en fait compétents,charismatiques et aptes à diriger l’Algérie qu’en l’absence de contradicteurs-compétiteurs.CES GENS-Là! qui à l’image d’un Kim Il-sung auront fonctionnarisé dans l’attentatoire désormais ostentatoire:
    la liberté de l’information,de l’édition,de l’inspiration créative de la culture,des arts et des lettres;une inspiration qui se décrète en Algérie, comment disaient-ils déjà ? Ah! oui, sous le haut parrainage ou patronage ou que sais-je?de qui sais-je de tel- telle ministre ou président. Même l’analyse-critique de l’intelligentsia aura été fonctionnarisé…
    Aidés (Ces gens-là), il est vrai, par les soumis de la platitude.
    Et ne voilà- t-il pas à travers une expression libre et plurielle cette vérité assénante qui vous dira que : Ni la contradiction dans la richesse plurielle des Algériennes et des Algériens n’est marque de fausseté, ni l’incontradiction du politico-médiatique Algérien n’est marque de vérité salutaire nationale.
    Et Le gouvernant n’est pas tant celui qui aura éliminé de lui-même les contradictions ,mais c’est celui qui les entraîne dans sa quête excavatrice d’une Algérie prospère et insoupçonnable de richesses plurielles.Et ce, dans dans la confrontation des idées et des pensées contradictoires sur les plateaux de la télévision publique. Une gouvernance qui aurait dispenser les Algériens de regarder cette chaine D’EL MAGHARIBIYA dont les objectifs et les financements sont des plus douteux; sinon des plus dangereux idéologiquement.
    Une chaine d’el Magharibiya qui ne me comptera pas parmi ses téléspectateurs .
    LaTélévision Publique Algérienne ne doit être aucunement la propriété d’un pouvoir,mais celle d’un état comptable de libertés expréssives plurielles à partir d’un cahier de charge dans l’astreinte de l’équité et devant une nation de contribuables.
    Oui,Il est des confluences qui nous incitent à donner le meilleur d’un pays , il est aussi des rencontres qui nous minent, et qui peuvent finir par nous briser.
    faisons alors que le meilleur de nous-même l’emporte dans une Algérie qui doit faire sienne une charte d’information et de déontologie garantissant certes, l’éthique,le secret défense de la haute sécurité nationale et de sa raison d’état.Mais d’ aussi faire sienne l’obligation de la liberté de l’information,de l’édition, et de l’investigation.Et ce,à travers un secteur public compétitif ,pluriel et crédible et un secteur privé sommé de répondre avec le public à des critères de liberté, et de pluralité d’un haut conseil de l’information et de l’audiovisuel indépendant du pouvoir mais pas d’un état républicain garant des libertés culturelles,politiques et linguistiques et des modernités pérennes.

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Cette entrée a été publiée le avril 19, 2012 par dans L'édito.
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