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le laboratoire médias

Alger sur un divan

La psychanalyse urbaine, science poétique d’un nouveau genre, consiste à coucher les villes sur le divan, détecter les névroses urbaines et proposer des solutions thérapeutiques adéquates.
 Après avoir «analysé» le quartier de la Belle de Mai à Marseille puis s’être attardé sur des communes voisines, l’Agence nationale de psychanalyse urbaine poursuit son investigation avec l’idée de regarder la ville depuis l’autre rive, de comprendre ce qui de Marseille se lit à partir de ses liens avec Alger et vice-versa. Suite à une résidence in situ, Laurent Petit, directeur de l’ANPU, et Charles Altorffer, concept designer de l’agence, ont présenté jeudi 5 avril les résultats de leur étude en conférence-spectacle à Marseille. Une démarche entre performances artistiques et psychanalyse, à ne pas prendre au premier degré. Quoi que…

Laurent Petit nous en dit un peu plus                                                                                                                                                                              

 Par Adlène Meddi

Pourquoi Alger constitue-t-elle un «cas difficile» ?

C’est un cas très dur à traiter parce qu’il a fallu assimiler toute une culture, parce que nous avons été intimidés, parce qu’Alger a subi de terribles épreuves et qu’elle est dans une souffrance cent fois plus forte que tout ce qu’on a pu analyser jusqu’ici en France, parce qu’on était émus et bouleversés à la fois.

Qu’est-ce qui vous a le plus touché dans votre démarche à Alger ? 

Le sentiment de vie est plus intense à Alger… En France, la plupart des gens luttent principalement contre l’ennui, il n’y a pas beaucoup d’intensité dans le regard des gens… A Alger, on a ressenti comme une sorte de passion permanente, une ébullition…. En France par exemple, le moindre acte artistique devient un acte «culturel», c’est-à-dire une sorte de rendez-vous mondain où l’acte artistique ne sert qu’à créer du loisir, à lutter contre l’ennui, à se rassembler entre amis… En Algérie, l’acte artistique devient tout de suite une aventure, il prend tout de suite une vraie importance, les spectateurs en ont énormément besoin, ça les nourrit, c’est presque vital, d’autant que l’acte artistique constitue une consolation, une piste de réflexion, une possibilité de subversion, etc.

 Aller vers le Sud reste la seule issue pour nous…

Non, il y a certainement d’autres issues à trouver, il y en a beaucoup d’autres, mais la solution n’est pas que la fuite en Europe… Je pense que la France par exemple est un pays de retraités en train de se transformer en musée pour touristes, il a fait son chemin, il a     du mal à se réinventer… En Algérie, tout est à faire, il y a vraiment quelque chose de neuf, quelque chose de dingue, quelque chose de spécifique à inventer, mais c’est sûr que ça va prendre du temps… En France par exemple, on est tous fiers de notre révolution de 1789, mais on a mis presque 100 ans à l’assimiler puisqu’il a fallu attendre 1871 et le début de la IIIe République pour sortir d’un long cortège de guerres, de dictatures mélangées à des derniers sursauts de royauté…

 Cette ville est-elle malade ? De quoi souffre-t-elle le plus ?

Oui, Alger est malade, elle devient obèse, elle ne se lave plus, elle passe tout son temps à regarder la télévision, elle est une sorte d’adolescente à forte personnalité qui a eu une enfance malheureuse, qui n’arrive pas à s’en remettre, mais c’est ce qui arrive souvent avec les adolescents à forte personnalité et ils finissent pas trouver une voie singulière et mener une vie incroyablement exaltante… Ce dont elle souffre le plus, c’est le système de corruption qui sévit à tous les étages de l’Etat algérien et qui empêche la ville et le pays de sortir du marasme, n’importe quelle initiative semble étouffée dans l’œuf, contribue à la paralysie et empêche la ville de se lancer à corps et à cœur perdu dans sa nouvelle vie… Bref, je vous aime.

A écouter : l’émission spéciale sur Radio grenouille.

Un commentaire sur “Alger sur un divan

  1. Slimane
    avril 17, 2012

    slt, j’aime bien cette analyse rafraichissante avec un regard extérieur et la comparaison entre un pays « vieux » et un pays « jeune »…qui devra (re)faire un jour sa révolution (c’est-à-dire trouver sa voie et faire entendre sa voix). merci pour l’initiative. Ahmed

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Cette entrée a été publiée le avril 10, 2012 par dans Actu.
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