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Reportage. Kosovo : Les défis du phénix des Balkans

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Par Lamia Tagzout, de retour du Kosovo

Quatre années après son indépendance, le Kosovo redémarre sur les cendres de l’offensive serbe. Les Kosovars savourent chaque moment de cette autonomie encore non reconnue par plus de la moitié des pays de la planète, à l’instar de l’Algérie. Lamia Tagzout d’El Watan Week-end est parti en escapade au Kosovo pour mieux comprendre l’histoire de ce jeune Etat en quête de légitimité.

Le parcours de notre reporter au Kosovo

Vendredi 17 février 2012. Le thermomètre affiche -5°C. Mais le Kosovo se couvre de bleu, de jaune et de rouge, réchauffant les cœurs des Albanais pour la quatrième année consécutive. Les drapeaux du Kosovo et celui du pays frère, l’Albanie, prennent plaisir à humer l’air libre comme pour confirmer une fois de plus au monde entier l’indépendance du Kosovo. Aux premières lueurs du jour, le pays est déjà à la fête. A Pristina, capitale du Kosovo, la musique albanaise et les klaxons retentissent de partout, faisant danser les plus euphoriques. Le défilé des unités des forces de sécurité du Kosovo donne un air solennel à l’avenue Mother Teresa où des centaines de spectateurs applaudissent leurs soldats et leur chantent les plus belles louanges.

De leur côté, les télés et radios publiques et privées consacrent leurs directs aux chansons patriotiques, aux hommages aux martyrs et aux débats politiques. Quant aux horribles souvenirs des massacres serbes au Kosovo, ils ne sont pas au rendez-vous. Idem pour la présidente de la République du Kosovo, Atifete Jahjaga, qui s’est contentée de rendre hommage au peuple kosovar, lors de son allocution la veille de l’anniversaire, pendant la cérémonie organisée à l’hôtel Emerald, à Pristina. Toutes les conditions sont réunies pour tourner la page quitte à enfouir le traumatisme, à l’image de plusieurs passants à côté de la stèle New Born, au centre de Pristina. «Les Kosovars sont forts et la guerre n’est plus qu’un mauvais souvenir.» Un excès de fierté ? Plus qu’une fierté, une volonté d’effacer l’image d’un peuple martyrisé par la Serbie de Milosevic. «Nous n’en voulons pas aux Serbes, car nous ne voulons pas avoir des vies sur notre conscience», confie Muhamet, au village Brestovc, à 37 km de la capitale.

En finir avec la douloureuse histoire de leur pays n’est pas le seul défi des Kosovars. Car ce jeune Etat de 2 millions d’habitants (92% de la population est albanaise, 5,3% serbe et 2,7% d’autres minorités comme les Rom -Tsiganes et Turcs), n’en est pas un pour beaucoup de pays de la planète, à l’instar de l’Algérie, la Russie ou la Chine, mais une province de la Serbie. Pourtant, 95% des Albanais sont musulmans, 5% sont catholiques, tandis que les Serbes sont orthodoxes. Reconnu par 88 pays, le Kosovo, qui s’étend sur 10 887 km2, est administré par l’ONU depuis juin 1999, en vertu de la résolution 1244 des Nations unies. La paix et l’ordre sont assurés par une force de l’OTAN, la Kosovo Force, armée multinationale. Déchiré entre l’acharnement de la Serbie à conserver une région stratégique et les prétentions de la majorité albanaise à l’indépendance, ce pays des Balkans a dû payer du sang de ses enfants qui ont toujours revendiqué leur autonomie. En 1974, le statut de région autonome fut acquis par Tito, président de la République fédérale socialiste de Yougoslavie pour être supprimé par le président serbe Slobodan Milosevic en 1989, date à laquelle il déclencha une répression anti-albanaise sévère.

En quête de reconnaissance

En réponse à sa violence permanente contre les Albanais du Kosovo, les forces de l’OTAN sont intervenues avec des frappes aériennes contre la Serbie, de mars à juin 1999. Au long de ces quatre mois, les Kosovars auront vécu expulsions et abominables massacres faisant l’objet d’un début d’épuration ethnique. Belgrade mène, sans relâche, une campagne de destruction de dizaines de milliers de maisons, chassant plus d’un million d’Albanais du Kosovo vers l’Albanie, la Macédoine et le Monténégro. Et Mustafa s’en souvient : «Je me suis caché avec mon épouse, mon fils et ma belle-fille dans la forêt après avoir assisté au bombardement de ma maison à Brestovc. Nous nous approvisionnions au village Mamusha à majorité turque, car les Serbes n’osaient pas l’attaquer, par crainte de s’attirer les foudres du gouvernement turc», relate le hadj. Des centaines de familles affluaient dans les pays voisins, principalement en Albanie où les réfugiés kosovars ont, tout au long de la guerre, été soutenus par leurs «frères d’Albanie».

Jamais sans ma terre

«Chaque famille albanaise devait accueillir une à trois familles kosovares chez elle pendant plusieurs jours», précise un jeune de Rahovec. Raison pour laquelle, à chaque occasion, les Kosovars affichent fièrement le drapeau albanais (deux aigles noirs sur un fond rouge), mais également le leur avant de confectionner le drapeau actuel jaune et bleu. Même si certains demeurent toujours dans les pays d’accueil, plus d’un million de Kosovars ont regagné leurs terres après la fin de l’occupation serbe. «Durant toute la guerre, je ne rêvais que de dormir dans mon champ, même brûlé, ça reste ma terre», confie Muhamet. De son côté, la mère du jeune Alban se souvient de la soirée où elle a perdu son fils le temps d’une nuit. «Un soir, nous avons fui notre village vers l’Albanie, il y avait beaucoup de monde, je ne voyais plus mon fils, Alban, 12 ans, à mes côtés. Il faisait noir, et tout le monde était paniqué et terrorisé à l’idée de se faire rattraper par les tirs des Serbes. Heureusement, je l’ai retrouvé aux frontières albanaises avec des voisins. J’avais trop peur de ne plus le revoir», se rappelle la maman, la gorge nouée.

Panser les blessures

Quant à Nazim, il pleure trois membres de sa famille, mais aussi les souvenirs de leur maison familiale. «Même si aujourd’hui, nous avons pu reconstruire une autre maison, nous vivons sans aucune trace du passé, ni photo ni papiers, même les vêtements de mes gamins que j’avais jusque-là toujours conservés. Recommencer toute notre vie à zéro, ce n’est pas facile !», déplore Nazim. Dans la foulée, les langues commencent à se délier, une femme, la soixantaine, s’approche de nous pour hurler sa douleur. «Des scènes inoubliables me marqueront à vie, des Serbes en train de brûler les cadavres de mes concitoyens», témoigne-t-elle. Actuellement, les Kosovars estiment faire leur possible afin de ne pas raviver les frictions avec les Serbes, intégrer l’Union européenne et obtenir la reconnaissance de la totalité des Nations unies. Mais Mitrovica, ville dans le nord du Kosovo, monopolisée illégalement par les Serbes, ne présage rien de positif pour les deux belligérants de l’ex-Yougoslavie.

Milazim James Berisha, du nationalisme dans l’air !

Même après avoir frôlé la mort à plusieurs reprises, faire reconnaître l’indépendance de son pays obsède encore Milazim James Berisha.

Depuis juin 2009, ce pilote de ligne, 40 ans, diplômé de l’Académie pour les vols sûrs en Floride (Etats-Unis), sillonne le monde à bord de son avion privé Cessna 172 afin de sensibiliser les différents gouvernements de la terre pour reconnaître enfin la République du Kosovo. Mais sa mission prend un coup fatal en août 2011. L’enfant de Brestovc est alors fait prisonnier pendant 156 jours, en Erythrée, 96e pays visité par «l’ambassadeur volant». «J’ai passé une semaine en Erythrée dans le cadre de ma mission sans que je ne sois inquiété. Mais au moment de quitter le pays, les éléments de la sécurité nationale m’ont arrêté pour m’enfermer en prison sans me donner d’explication», relate Milazim.

Le plus dur pour ce passionné d’aviation est de ne plus pouvoir voler. «J’étais comme un oiseau à qui on a coupé les ailes», regrette-t-il. Dans ce pays très fermé, la présence d’un Américain d’origine kosovare n’est pas du goût du régime d’Issaias Afeworki. Ce dernier, connu par son hostilité vis-à-vis de l’Occident, n’est pas plus clément avec son peuple. En 2001, il lance une brutale opération de nettoyage politique. En moins d’une semaine, dans l’indifférence de la communauté internationale, plusieurs ministres, d’anciens généraux et tous les directeurs de journaux sont jetés en prison. Cela ne rassure pas le prisonnier kosovar qui passe ses journées dans sa minuscule cellule, sur un lit confectionné avec des feuilles d’arbre.

Solidarité

«Ayant remarqué que j’avais perdu beaucoup de poids et que je ne mangeais plus la nourriture infecte de la prison, le responsable de l’établissement pénitentiaire demanda aux autres prisonniers de partager les plats que leurs proches leur amenaient chaque jour. La chaleur du pain fait maison me rappelait celle de ma mère dont je n’avais aucune nouvelle», se rappelle l’initiateur de la mission Flying for Kosovo. La sollicitude des autres prisonniers, qui lui prêtaient des livres en cachette, a été d’un grand secours psychologique pour ce prisonnier qui perdait progressivement l’espoir de retrouver sa liberté. Le 17 janvier 2012, le directeur de la prison lui recommande de se préparer pour rentrer chez lui. Les prisonniers d’Asmara ne ferment pas l’œil de toute la nuit. La libération de James Milazim Berisha fut l’un des rares heureux événements pour ses «nouveaux amis».

Le jour suivant, il ne put croire en sa libération que lorsqu’il se retrouva dans l’avion privé de Behgjet Pacolli, l’homme politique sulfureux du Kosovo, devenu son sauveur après d’âpres négociations avec le gouvernement érythréen. «Aujourd’hui, j’apprécie mieux les choses simples, les gens, la liberté et surtout mes deux frères et mon cousin qui m’ont terriblement manqué et qui m’ont toujours soutenu durant toutes les épreuves de ma vie peu ordinaire», tient à préciser Milazim. Ses projets ? Récupérer son avion toujours au Soudan après un crash dont il est sorti indemne et le confier au musée de Pristina où un espace sera consacré à la mission de Flying for Kosovo. Déterminé, il envisage tout de même de boucler sa tournée africaine avec la Libye et l’Egypte afin d’accomplir sa noble mission.

Un commentaire sur “Reportage. Kosovo : Les défis du phénix des Balkans

  1. Mohammed Belarbia
    mars 11, 2012

    Bonjour Lamia,
    Bravo pour ton témoignage. Il est bien écrit. Dommage que tu n’aies pas résumé l’histoire du conflit !! Je passe à autre chose de plus personnel : j’aimerais savoir l’origine de ton nom de famille « tagzout », si tu n’y vois pas d’inconvénient. Je suis moi-même né à Taghzout (El Ouldja, en arabe), dans la willaya de Khenchela. Es-tu d’ascendance berbère (algérienne, tunisienne, marocaine …) ? Merci de ta réponse !

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Cette entrée a été publiée le mars 2, 2012 par dans Actu, Studio.
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