El Watan2

le laboratoire médias

Festival d’Oran du film arabe…Journal d’un cinéphile extrémiste

Journée # 9 : Samedi 24 décembre 2011

«La seule raison d’être du cinéma est de dire ce que seul le cinéma peut dire.»

Par Samir Ardjoum

Scène de Andalousie, mon amour !

Samedi 24 décembre. Matinée ensoleillée, j’écris de mon domicile où après avoir fait le vide autour de moi, je me sens plus apte à revenir sur le palmarès assez discutable du Festival. Sans vouloir remettre en cause le regard des juré(e)s, je reste assez sceptique face à leur vision du cinéma. En primant Nadine Labaki par trois fois avec son second opus, Et maintenant, on va où ? (Scénario, Grand Prix du Jury et une interprétation féminine pour une comédienne qui doit avoir une seule séquence de composition dans un film où tous les personnages féminins sont importants), Khaled Youssef et son mélodrame lacrymal et dénué de personnalité (Prix de la mise en scène, Amar’s Palm), les deux jeunes enfants du film Majid (alors que l’interprétation élastique et savoureuse de Mohamed Nadif dans Andalousie, mon amour aurait sans doute été plus en phase avec ce prix) et Adil El fadli (Courte vie) pour le prix du meilleur court-métrage, les deux jurys n’ont, me semble t-il, pris aucun risque.

Cette année, le cinéma à caractère social, pétri de bons sentiments fut récompensé haut la main. Quid de l’expérimentation visuelle du cinéma comme étant un laboratoire vivant de mise en propos, de remises en question sur la place du cinéaste au sein de la société ? Rien de tout cela, juste des choses animées, aux messages politiques ampoulés et des films se rapprochant des conventions théâtrales voire audiovisuelles.

Il serait bon ton de s’inquiéter de cette orientation vers un cinéma qui avance à reculons, qui caresse dans le sens du poil des spectateurs formatés pour la télévision, et des réalisateurs refusant de travailler au minimum un langage aussi riche et labyrinthique que peut proposer le cinéma. « L’homme souhaite un monde où le bien et le mal soient nettement discernables car est en lui le désir, inné et indomptable, de juger avant de comprendre » disait Kundera. Il est indiscutable que les films privilégiés, n’ont pas cette prétention, urgente cela va de soi, de questionner de l’intérieur les troubles perchés sur les hautes sphères de l’intellect. Tout cela peine à voir, et cet esbroufe devient le moteur de tout évènement cinématographique de la région. Comment évincer des œuvres aussi riches que Morning, noon,, evening…morning, Normal, Habibi, et/ou Baya and Mahmoud pour des propositions formellement structurées comme un parti politique unique. Que s’est-il passé pour remettre un « prix d’encouragement » à 4 courts-métrages et de hisser au même niveau les médiocres Djin & Beep et l’époustouflant Hanin ? A cet instant précis, il est improbable de croire en un chamboulement des choses, mais plutôt de penser au retour de ce cinéma qui, autrefois, prenait sa source dans un fleuve de luttes comico-politiques où les héros positifs, les paysages cartes postales et le manichéisme outré devenaient le sacerdoce de tous réalisateurs démembrés qui se respectent. L’année 2011 se termine timidement tout en affichant un constat aussi désarticulé qu’irréel.

Ne faut-il pas réévaluer la notion d’exigence, de cinéphilie, de critique de cinéma et de passeur ? Il faut se réapproprier l’humilité et l’innocence du spectateur lambda et faire en sorte que le cinéma ne soit qu’un art populaire et non pour des privilégiés qui ne sont pas les initiés qu’on souhaiterait nous donner. Il faut revoir à la hausse le film comme une respiration et non comme quelque chose de l’ordre de l’indigeste. Il faut absolument stopper les jugements de valeur, reconstruire la passerelle entre journalistes (et critique de cinéma) et réalisateur.

Je crains que ce Festival International du Film Arabe d’Oran, en conservant cette ligne éditoriale, en refusant l’ouverture (lorsqu’un film est projeté sans un sous-titre, je suis en droit de me poser des questions), en projetant des films sur un écran dont on peut distinguer des lignes verticales traverser la toile blanche, en utilisant un matériel sonore et visuel aussi pauvre qu’amateur (par deux fois, et durant la compétition Court-Métrage un réalisateur a du interrompre la projection de son film), en réalisant des cérémonies pompeuses, officielles et bavardes alors que cela pourrait être l’instant ludique de la semaine, je crains donc que ce festival devienne l’un des hauts lieux infréquentables des cinémas d’Afrique et du Moyen-Orient. La seule raison d’être du cinéma est de dire ce que seul le cinéma peut dire.

J’arrête ce journal de bord, et je redeviens la silhouette déambulant dans les rues. Les films sont terminés, le festival achevé…la projection continue tout de même à travers le récit de nos quotidiens. A très vite ?

 

 

 

 

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3 commentaires sur “Festival d’Oran du film arabe…Journal d’un cinéphile extrémiste

  1. duval
    décembre 26, 2011

    Critique aussi honnête que radicale. Elle a le mérite de briser toute tentative de langue de bois. AH ! du vrai cinéma plutôt que des cérémonies officielles pompeuses. Ah ! un vrai projecteur en état de bon fonctionnement plutôt que des petits fours …

    Pour le cinéma, merci de cette prise de position courageuse.

  2. dahmane
    décembre 26, 2011

    c’est du gaspillage pure et simple….khorti fel khorti

  3. azedine
    décembre 29, 2011

    Pour répondre à la question qui clos votre chronique (et par la même votre journal de bord) je n’ai qu’un mot à dire : non !

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Cette entrée a été publiée le décembre 25, 2011 par dans Le direct.
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