El Watan2

le laboratoire médias

JOURNAL D’UN CINÉPHILE EXTRÉMISTE… AU FESTIVAL D’ORAN DU FILM ARABE

Journée # 2 : Vendredi 16 décembre 2011

«Etonnant de constater que le cinéma, étrangement, devenait le temps d’une respiration, aussi intense que la vie ! »

Par Samir Ardjoum

 Ce matin, je découvre dans le catalogue fraîchement mis à ma disposition, la projection du seul film africain ayant obtenu la palme d’or lors du Festival de Cannes, année 1975 : Chronique des années de braise du vétéran Mohamed Lakhdar Hamina. Programmé pour 21h00 dans le cadre d’un panorama exhaustif du cinéma arabe, je me promets d’aller le voir pour la énième fois, unique occasion d’écrire sur ce film qui fut la cause de mes nombreux soucis avec le cinéma algérien. J’y reviendrais !

Café, jus d’orange, clope, me voila arpentant la rue Larbi Ben M’Hidi en direction d’une des trois salles de cinéma affrétées pour le Festival : « Le Maghreb » accueille ce matin (10H00) l’un des nombreux documentaires réalisés dans le cadre de « Tlemcen Capitale de la culture Islamique 2011 », dont certains jugent comme étant des « des produits de consommation sans réels objectifs artistiques, juste pour dédouaner une absence de structures culturelles ». Le problème est ailleurs, inutile d’y revenir. Je veux tout de même voir ces films, tenter d’en extraire une problématique qui me permettrait de mieux cerner l’orientation voulue par le Ministère de la Culture. Avant de faire la moue ou…d’exploser de joie, voyons-les ! Le souci, c’est que le premier film, Bostane Tlemcen, fut projeté avec 30 minutes de retard, chevauchant finalement sur l’ouverture de la compétition Court-Métrage fixée pour 11H dans l’enceinte de la Cinémathèque. Il fallait donc faire un choix, le film étant en version arabe non sous-titrée (l’anglais aurait été le minimum pour un festival de cette envergure), je me levais, cinq minutes après le lancement du film, sans en éprouver une quelconque gêne.

Cinémathèque d’Oran. Salle large, public restreint, Quatre films programmés, trois seront finalement montrés. Les raisons ? Aucune idée…Une ribambelle d’images (et non de plan, donc très peu de conscience) sur des sujets lourds de conséquences (Refus du deuil pour le tunisien Moez Ben Hassen avec Fond du puits, fantasme et solitude pour l’égyptien Ramadan avec Sense, une amitié rattrapée par l’Histoire dans Demain, Alger), et desservie par une absence totale de mise en scène. Le défaut commun de ces trois films réside dans la minutie à vouloir privilégier la technique au détriment du processus émotionnel de fabrication, bousculant les lesdits réalisateurs à embellir leur œuvre tel un papier cadeau. Un film devrait est constitué de plusieurs éléments de mise en scène, et ne surtout pas les déséquilibrer sous peine d’évincer le liant qui créerait du cinéma. Sans être dans un nationalisme outré, le seul qui réussit à se démarquer légèrement de ce trio filmique, se nomme Amin-Sidi Boumedine, algérien de son état, évitant occasionnellement l’écueil du vide, et donnant à son film un sens fictionnel aussi intéressant que bancal. Demain, Alger, sans en dévoiler l’intrigue (un simple prétexte narratif), m’intéresse car j’ai le sentiment d’obtenir l’autorisation du réalisateur à pénétrer dans sa sphère intime. Je suis en retrait, certes, mais tout près de lui, en amorce, quitte parfois à lui souffler une déception (dialogues continuellement filmés en champs/contre-champs), et quelques joies (il aime ses acteurs, sait étudier leurs gestes). Et puis avant de venir sur Oran, je croisai l’un des acteurs du film, Amine Mentseur, qui déambulait dans El Biar. Il trainait son corps longiligne tout en humant l’air de sa cigarette. Il reproduisait paradoxalement les mêmes gestes de son personnage. Etonnant de constater que le cinéma, étrangement, devenait le temps d’une respiration, aussi intense que la vie !

Petite anecdote qui a son importance à mes yeux : lors du débat, je vis les deux dirigeants de Thala production, Yacine Bouaziz et Fayçal Hammoum, qui observaient scrupuleusement Amin dont ils avaient produit son film. Sans vouloir être leur avocat (j’ai toujours trouvé dans leurs productions, une conscience cinématographique discrète, au sens de la construction des plans), il faut absolument les suivre, prendre de leurs nouvelles, analyser leurs contenances pour mieux cerner leur position, qui au fil des mois, deviendra indiscutable. Les films seront là, je me prépare à les accompagner à ma sauce !

A ce propos, Un ami journaliste me reprochait de ne pas prendre en considération certains aspects d’un film : « Sense [par exemple] est un film audacieux car le sujet est rarement questionné dans le cinéma arabe. Tu devrais éviter de faire abstraction de ce détail qui peut avoir son importance ». Sur quoi, je le contredisais furieusement en affirmant que nous n’avions plus le droit de privilégier cette axe de lecture sous peine de déconstruire le regard du critique de cinéma (donc du spectateur). En somme, cette posture définie selon moi, une véritable complaisance qu’il faut combattre.

L’après-midi fut placé sous le signe de la compétition long-métrage avec deux films, dénués malheureusement de cinéma. D’un côté le marocain Mohamed Nadif, arborant fièrement Andalousie, mon amour, à la construction narrative fantaisiste que simpliste (belle idée sur la fuite de deux jeunes marocains vers l’Espagne, dont les projets vont être déjoués par le Destin taquin). De l’autre côté, l’algérienne Fatma Zohra Zamoum qui revenait avec son dernier opus, Combien tu m’aimes ?, téléfilm de luxe narrant les pérégrinations d’un enfant, déchiré par le futur divorce de ses parents, et hébergé par ses grands-parents.

Comment, en 2011, tisser des films aussi théâtralisés et impersonnels, qui seraient caduques avec le cinéma. Force est de constater que Nadif, par exemple, entraine malicieusement le spectateur dans son monde bigarré ou tous ses personnages seraient coupables (l’un des protagoniste aime et lit Le Crime de L’Orient-Express d’Agatha Christie) d’une déshumanisation totale. Mais sa propension à refuser d’élever son récit par le biais d’une mise en scène fiévreuse, dynamique et inventive, déréalise complètement ses propos. Refuser ? Assurément, d’autant que Nadif réussit occasionnellement à tisser une ou deux séquences où les saynètes possèdent une force burlesque. Ses personnages, à cet instant précis, existent réellement, leurs bouffonneries participant à la matière à délire d’un récit torturé. Quand à Zamoum, qui avait convaincu avec La Pelote de laine et intrigué avec Z’Har (œuvre imprévisible, récit morcelé, propositions rigoureuses et parfois maladroites sur la décennie noire de l’Algérie des années 90), déroule cette fois-ci un tapis d’ineptie tant le schéma narratif de Combien tu m’aimes ? est accablé par une lourdeur équivoque dans sa mise en scène. Facture conventionnelle, cadrages primitifs et absence d’inspiration cinématographique m’ont fait penser à une production typique de l’ENTV. Mais alors où se terre la violence de ces corps déchirés, où se trouve l’ingéniosité de Zamoum dans ce récit monotone et sans saveur, et surtout où se cache le cinéma qui tarde à pointer le bout de son nez. Film aux aspects d’une commande, film sans réalisateur, film qui épouse une lassitude qui laisse de marbre un spectateur médusé. Je sors de la salle, consterné !

Dans quelques minutes, je dois prendre une décision sur la projection de Chronique des années de braise. Dois-je y aller ou profiter de la présence – importante – du bus qui m’emmènera dans ma chambre d’hôtel ? La question est futile aux yeux du lecteur, mais propice à vouloir me confronter aux démons de mon passé. Je devais être âge de 10ans, je ne connaissais rien à l’Algérie excepté les sempiternelles vacances estivales entre Hussein Dey et Guenzet (Petite Kabylie). Passionné depuis peu par le cinéma, je tombais par hasard sur le film de Hamina, majestueusement conseillé par ma mère (je suis persuadé qu’elle ne se souvient plus de cette anecdote) afin de me familiariser avec le cinéma de mon pays d’origine. J’avalais d’une traite les 180 minutes de cette épopée mi-nationaliste mi-fordienne (il est incontestable que l’œuvre du cinéaste américain fut l’une des références indiscutables dans le film de Hamina) sans en comprendre le sens. Plus tard, je refusai délibérément toutes images provenant du pays fennec, ressentant une trahison, un je-ne-sais-quoi qui me disait de ne plus remettre les pieds dans cette maison aussi lourde que symbolique. Puis un jour, je vis Omar Gatlato, ce fut la claque, ma propre réconciliation nationale (Plus tard, je serais déçu par Merzak Allouache et ses derniers films). A cet instant, je décidais de bouffer continuellement du cinéma algérien et puis, par hasard ( ?), je retrouvais l’œuvre empirique de Hamina. Trois heures plus tard, ma conclusion fut inévitable : cette spécificité cinématographique ne sera jamais pour moi, préférant la fraicheur d’un Beloufa. La boucle était bouclée, même s’il me reste encore une chose à régler : rencontrer Hamina, lui parler, lui envoyer des balles réflectifs, graver sur ma roche nos propres mots afin d’exorciser mes maux.

Je décidais de ne plus renouer avec mon passé (voir le film), et pris le bus tout en songeant au présent et à l’avenir (rencontrer Hamina pour me confronter à lui).

 

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5 commentaires sur “JOURNAL D’UN CINÉPHILE EXTRÉMISTE… AU FESTIVAL D’ORAN DU FILM ARABE

  1. SOK
    décembre 17, 2011

    Bonjour,

    Je découvre ce “Watan 2″ et je lis entre (autres) ceci dans votre papier :
    1- ” Comment, en 2011, tisser des films aussi théâtralisés et impersonnels, qui seraient caduques avec le cinéma. “, j’ai dû mal à faire le point sur ” caduques avec le cinéma”…
    C’est un peu le genre d’acrobatie stylistique que vous déploriez par ailleurs dans les films cités plus haut… Pourquoi faire simple ?

    2-”Mais sa propension(celle de Nadif, ndlr) à refuser d’élever son récit par le biais d’une mise en scène fiévreuse, dynamique et inventive, déréalise complètement ses propos”.
    Il est difficile pour un cinéaste croyez-le de refuser (donc intentionnellement) d’élever son récit, car ce serait en soi une prouesse cinématographique, non ?

    3 – Refuser ? Assurément, d’autant que Nadif réussit occasionnellement à tisser une ou deux séquences où les saynètes possèdent une force burlesque. ”
    En juxtaposant “Assurément” et ” d’autant” avec “occasionnellement”, seriez-vous entrain de déréalisez (sic), comme vous le dites à propos de Nadif, justement?
    Trop d’adverbe y participe … assurément !

    En un mot j’aurais voulu, à travers votre regard, moi lecteur, savoir de quoi il retourne avant de connaître votre avis, sur des films que je n’ai pas ‘encore) vus.
    Ceci est aussi valable, et d’une certaine mesure, pour le film de Lakhdar Hamina, (que j’ai,pour le coup, vu), car j’avoue que grâce à votre culture cinéphilique, ici là exposée sous sa forme “stylistique”, j’ai constaté ma lacune (parmi tant d’autres certes) en matière de référence fordienne que vous auriez relevée dans “Chronique des années de braise” .
    Pourtant j’ai beau repensé à ce film, je n’y vois pas l’ombre d’un plafond…
    Mais je ne dois pas avoir votre précocité intellectuelle qui vous a faits rejeter, dès vos dix ans, toutes images du pays (animalier?) des fennecs” (sic).

    Cinéphiliquement à vous,

    S.O.K.

    P.S. Le regretté Youcef Sahraoui, m’a apostrophé un jour au niveau de l’Algéria (Alger), au moment où je prenais un ticket pour aller voir “Soul to soul”, en me disant “ne prends pas un ticket balcon, sauf si tu es amoureux, un film se regarde à hauteur de regard, et non d’en haut, va en bas, pour rester à niveau”….Un premier cours d’humilité de la part d’un monsieur que je croisais à la cinémathèque, sans jamais oser l’aborder…
    Plus tard je me suis rattrapé.

  2. samir1976
    décembre 17, 2011

    Bonjour SOK

    Je suis extrêmement content de lire votre message. Vous m’avez envoyé une balle, je vais prendre plaisir à vous la renvoyer, en espérant créer un échange.
    Permettez-moi de reprendre point par point votre « analyse » :

    1- ” Comment, en 2011, tisser des films aussi théâtralisés et impersonnels, qui seraient caduques avec le cinéma. “, j’ai dû mal à faire le point sur ” caduques avec le cinéma”…
    C’est un peu le genre d’acrobatie stylistique que vous déploriez par ailleurs dans les films cités plus haut… Pourquoi faire simple ?

    Le terme « caduques avec le cinéma » n’est pas selon moi une acrobatie stylistique, juste un constat qui renvoie au manque de mise en scène. Bien au contraire, et parce que je ne prétends pas rédiger une série de critiques de cinéma, je m’expose dans ce genre « d’acrobatie ». Juste pour provoquer un échange. Je vous rappelle le titre du billet : « journal de bord ».

    2-”Mais sa propension(celle de Nadif, ndlr) à refuser d’élever son récit par le biais d’une mise en scène fiévreuse, dynamique et inventive, déréalise complètement ses propos”.
    Il est difficile pour un cinéaste croyez-le de refuser (donc intentionnellement) d’élever son récit, car ce serait en soi une prouesse cinématographique, non ?
    Un cinéaste a le choix de travailler ou non la durée d’un plan, voire la scénographie. Ce n’est pas une prouesse cinématographique, juste une décision qu’il juge utile pour son film. Dans le cas de Mohamed Nadif, homme de théâtre avant tout, il est évident que son ledit choix est de ne jamais « perturber » son plan, empruntant à cette occasion la théâtralité sous toutes ses formes.

    3 – Refuser ? Assurément, d’autant que Nadif réussit occasionnellement à tisser une ou deux séquences où les saynètes possèdent une force burlesque. ”
    En juxtaposant “Assurément” et ” d’autant” avec “occasionnellement”, seriez-vous entrain de déréalisez (sic), comme vous le dites à propos de Nadif, justement?
    Trop d’adverbe y participe … assurément !
    Je vous trouve cynique, mais soyez-en rassuré, j’aime ça. Pour le coup, j’aurais préféré que vous me donniez non pas un cours de sémantique, mais plutôt de cinéma. Cela aurait été plus judicieux et moins empirique. Cette incohérence que vous relevez est minime par rapport à au cynisme de votre commentaire qui porte en lui un jugement de valeur. Mais sans doute suis-je dans l’erreur ? Assurément ?

    En un mot j’aurais voulu, à travers votre regard, moi lecteur, savoir de quoi il retourne avant de connaître votre avis, sur des films que je n’ai pas ‘encore) vus.
    Ceci est aussi valable, et d’une certaine mesure, pour le film de Lakhdar Hamina, (que j’ai,pour le coup, vu), car j’avoue que grâce à votre culture cinéphilique, ici là exposée sous sa forme “stylistique”, j’ai constaté ma lacune (parmi tant d’autres certes) en matière de référence fordienne que vous auriez relevée dans “Chronique des années de braise” .
    Pourtant j’ai beau repensé à ce film, je n’y vois pas l’ombre d’un plafond…
    Mais je ne dois pas avoir votre précocité intellectuelle qui vous a faits rejeter, dès vos dix ans, toutes images du pays (animalier?) des fennecs” (sic).
    Mes billets complètent les articles rédigés par mon confrère d’El Watan, mon objectif étant de questionner le cinéma par rapport à mon affect. Ce genre de « critique » déroute de nombreuses personnes (je le constate même parmi mes ami(e)s), et je comprends parfaitement votre ressentiment. Ne pas étaler – parfois – le synopsis relève d’un choix que j’assume pleinement.
    Concernant Ford, vos lacunes, et toutes ces p’tites choses, ces p’tites pics que vous m’envoyez, je trouve cela – une fois de plus – inapproprié. Ce que vous ne pouvez supporter, c’est le fait que je déborde – selon vous – d’une prétention horripilante. Si vous relisez bien mes billets, vous y trouverez juste un amour du cinéma, une écriture passionnelle, une simple interprétation. En tant que critique de cinéma et réalisateur, vous savez exactement de quoi je veux parler.
    Et revoyez Ford, vous verrez que ce n’est pas qu’une histoire de plafond, mais aussi de travail sur l’espace, et sur cette manière de filmer frontalement les sentiments par le biais du visage. C’est un sentiment personnel, acceptez-le sans pour autant être taquin : « Mais je ne dois pas avoir votre précocité intellectuelle qui vous a faits rejeter, dès vos dix ans, toutes images du pays (animalier?) des fennecs” (sic) ». En cela, cette dernière phrase est le fruit de votre imaginaire, d’une extrapolation équivoque !

    Bien à vous cher confrère…en attendant de découvrir vos prochains plans

  3. SOK
    décembre 18, 2011

    Bonsoir Samir,

    « Mes billets complètent les articles rédigés par mon confrère d’El Watan, mon objectif étant de questionner le cinéma par rapport à mon affect » dites-vous…

    Et l’on ne peut qu’être d’accord, le journalisme c’est aussi (ou surtout) cela:
    La première manifestation de l’affect démarre déjà avec le choix du sujet, je pense…
    On procède de la même manière dans le cinéma, que ce soit dans le choix du cadre que dans le rythme du montage, et le cinéphile que vous êtes en conviendra j’espère.

    Sauf que le secret d’une telle démarche réside dans le souci de montrer et non de démontrer…
    Et mon Dieu, Ford reste le très bon exemple pour ça, il ne démontre rien, d’où la quasi absence de mouvements de caméra (Deleuze et Daney ont parlé de lui beaucoup mieux que je ne le fais ici), il est, contrairement à Sergio Leone, le farouche adversaire du détail, du très gros plan, à tort ou à raison, mais il estimait que la symbolique tue le propos.

    L’immobilité chez Ford est légendaire: Quand il filme en intérieur,dans un saloon, par exemple, ce sont les personnages qui entrent dans le champ, il ne va jamais les chercher, préférant les aligner le long d’un comptoir…
    Le mouvement se fait à l’intérieur du cadre et pas autrement.
    C’est pour cela que le recours à Ford pour évoquer Hamina m’avait fait réagir.
    Il aurait été plus judicieux (mais ce n’est que mon avis) de se tourner vers Bondartchouk, pour « Chronique… » du moins, car « Le Vents des Aurès » est à chercher du côté de Donskoï, par exemple…

    Reste que Hamina est très éclectique, peut-être parce qu’en excellent cadreur, qu’il est, il semble avoir toujours essayé de trouver un style…
    Je parle du cadre, car je pense toujours que le film le mieux cadré dans le cinéma algérien (à ce jour, du moins) reste « Hassan Terro » !

    Enfin, je peux vous assurer que je ne porte aucun jugement de valeur à votre endroit, (et à ma connaissance dans mon autre vie de critique, j’évite autant que faire se peut d’en user).

    Ne pas étaler un synopsis confirme que son exposition n’est pas une figure imposée, certes, mais que le lecteur sache ce qui a déclenché cela chez vous, peut-être utile à une lecture empathique de votre journal de bord, par exemple.

    Je pense qu’on écrit pour être lu, pour être en lien, pardonnez ce raccourci, et donc cela suscite des réactions diverses pour peu qu’elles ne débordent pas.

    Donc je ne suis nullement dérouté parce que je lis de vous, nous pratiquons un exercice intellectuel permanent qui nous emmène souvent vers des contrées plus tumultueuses, alors que là ce que vous dites est clairement énoncé !…

    Aussi gardons en partage cette même passion pour le cinéma, le reste n’est que matière à débat.

    Bien à vous,

    SOK

  4. samir1976
    décembre 18, 2011

    Effectivement, je préfère qu’on s’attarde sur le cinéma et non sur ce qui l’entoure, qui n’est que pour moi que futilité. Je suis d’accord avec vous pour ce qui est de montrer, par contre, je ne pense pas démontrer les choses, mais plutôt les relier à ma démarche cinéphilique. Selon moi, un film parle de nous et ce sous toutes ses formes. Lorsque je me sens lâché par ce film, par cet éventuel ami, je suis perdu et donc, dans la nécessité de crier, de clamer une urgence, d’où parfois des propos intenses. La manière d’utiliser le « je » reste à déterminer. C’est une configuration fragile et j’avoue être confronté à certaines difficultés, mais je le prends comme un exercice de style aussi périlleux qu’excitant, car cela me permet de prendre constamment du recul. Echanger avec vous, c’est poursuivre la projection du film. Le récit ne peut donc se terminer.
    Concernant Ford, je ne peux qu’adhérer à vos propos même si ce n’était pas dans mes intentions de questionner le mouvement chez Hamina, mais plutôt la captation du sentiment à travers son filmage qui me faisait songer au Ford de My Darling Clementine ou bien dans The Searchers. Ajoutez à cela qu’Hamina se réapproprie plus ou moins bien le même axe de lecture dans les scènes de batailles. Je pense encore à The Searchers où il réutilise le même cas de figure.
    Vous citez Hassen Terro, vous oubliez Nahla ? Jamais l’instantanéité du présent n’avait été aussi formelle (renforcé par le cadrage) dans un film algérien que dans Nahla. Qu’en pensez-vous ?
    Et pour conclure, cette lecture emphatique sera là quoique je fasse car à l’instant où je me place au même niveau que le film que je « critique », ce sera perçu comme une effronterie. Au lecteur, ensuite, de filter ce qui bon lui semble.
    Il y a toujours dans mes sauts d’humeur, une réserve symbolisant mon amour pour le cinéma.
    Personnellement, j’écris pour exister (désolé pour cette naïveté, mais je l’assume pleinement) et surtout pour questionner ma corrélation avec l’Histoire du cinéma en tant que « loueur de films » (dixit Luc Moullet)
    Oui, conservons ce débat avec plaisir…je serais toujours en face de vous, dans une posture fordienne !
    Bien à vous

    • SOK
      décembre 18, 2011

      Ah Nahla ! Il y a une pensée, c’est certain,mais pour le cadrage, à proprement parler, je le trouve différé, c’est mon constat, il passe au bout d’un laps de temps par l’oeil valide de son héros, la comète Youssef Sayeh, et donc il est biaisé. Ce qui est en soi, un cadrage, mais là je chipote, quoique…
      De l’oeil valide de son héros, j’en ai parlé avec Farouk Beloufa, lors d’un débat, il relève aussi, à mon sens , d’un état de fait en prise avec son époque, qui coincidait avec l’amorce d’un reflux de ce qui allait devenir l’utopie d’une illusion et ce regard amoindri par une balle perdue, renseigne sur ce refus de voir, voir l’impossibilité de regarder une réalité qui commençait à nous glisser sous les pieds. Un Algérien qui va à Beyrouth pour se poser des questions, en débat à l’époque, à Alger….
      Bon je déborde. Décidément.
      Moi aussi je ne vis que par l’écrit, c’est par lui que j’ai pu vérifier que j’existais et c’est déjà beaucoup, alors quand l’image y participe aussi. Donc nous avons cette naïveté en partage.

      « Nahla » de Beloufa, « L’Homme qui regardait les fenêtres » de Allouache et les deux Tsaki (« Enfants du vent » et « Histoire d’une rencontre ») se rejoignaient dans ce questionnement de l’époque d’alors et qui sera encore plus radical avec la « Nouba des femmes du mont Chenoua » de Assia Djebbar.

      Remarquez, Teguia y fait écho, à sa manière, sauf que lui et contrairement au trio cité plus haut, pense aussi bien le cadre, que l’espace avec un verbe qui s’y fait aussi rare. Frôlant le dessèchement, là par contre.

      On ne peut juger, hélas, Beloufa sur la durée, car les Taleb Brahimi, entre autres veillaient au grain à l’époque, nous privant du coup, de l’apport d’un cinéaste plus que prometteur.
      Maintenant il existe chez les jeunes issus du court métrage, un fort potentiel pour peu qu’ils apprennent à ne pas penser au cadre avant de savoir quoi y mettre, pour que cela ait sens.
      C’est la différence entre « une image juste » et « juste une image », comme vous le savez si bien, vous.

      Merci pour ce plaisir retrouvé,

      SOK

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Cette entrée a été publiée le décembre 17, 2011 par dans L'édito, Le direct.
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