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Giampaolo Cantini, ambassadeur d’Italie en Algérie : «Le choix pour une PME d’investir à l’étranger est complexe»

Enrico Mattei et l’Algérie pendant la guerre de Libération nationale et La contribution de l’Italie à la construction de l’Algérie indépendante, deux ouvrages qui viennent d’être publiés par l’ambassade d’Italie, en collaboration avec l’Institut culturel italien, faisant le tour sur les rapports historiques et les liens politiques, économiques et culturels entretenus par les deux pays. L’ambassadeur d’Italie en Algérie, Giampaolo Cantini, revient, dans cet entretien, sur la réalisation de certains projets algéro-italiens ainsi que le blocage d’autres dossiers.

Par Lamia Tagzout

Pourquoi avoir choisi la conjoncture actuelle pour éditer le livre intitulé Enrico Mattei et l’Algérie pendant la guerre de Libération nationale ?

L’ambassade d’Italie a édité deux livres Enrico Mattei et l’Algérie pendant la guerre de Libération nationale et La contribution de l’Italie à la construction de l’Algérie indépendante. La double publication se situe dans le contexte tout à fait spécial du double anniversaire de l’Unité et de l’Indépendance de l’Italie en 2011 et de l’Indépendance algérienne en 2012. La lutte du peuple italien pour sa liberté et son indépendance d’il y a 150 ans a eu des analogies significatives avec la lutte du peuple algérien. Dans une perspective historique, les deux Etats modernes d’Italie et d’Algérie sont une construction récente : l’Italie, avec ses 150 ans célébrés en 2011 est l’un des Etats européens les «plus jeunes», même si dans une nation ancienne. L’Algérie s’apprête, à son tour, à célébrer en 2012 ses premiers 50 ans d’indépendance, un objectif atteint au prix de durs sacrifices et d’une lutte longue et douloureuse. Dans les pages des deux livres se déroule en effet le récit de quelques aspects significatifs, certainement non exhaustifs, des relations entre l’Italie et l’Algérie pendant ce dernier demi-siècle.

Dans votre livre sur la contribution de l’Italie au développement de l’Algérie, vous parlez des multiples chantiers des entreprises italiennes en Algérie. Quels sont les domaines dont la coopération entre les deux pays vous agrée et les secteurs que vous courtisez ?

La coopération entre l’Italie et l’Algérie au cours des 50 dernières années s’est développée dans de nombreux domaines allant de la culture à l’industrie. Les plus connus sont dans le secteur de l’énergie et des infrastructures, avec la collaboration dans le pétrole et le gaz, la construction du gazoduc Mattei et la contribution des entreprises italiennes à la construction des infrastructures algériennes : de nombreuses routes, des barrages et des ports ont été réalisés en Algérie grâce à l’engagement d’entreprises italiennes. On ne doit, toutefois, pas oublier, les nombreuses relations entre les PME italiennes et leurs homologues algériennes, qui ont souvent bâti leur succès grâce à la collaboration, à la consultation et à la fourniture d’équipements de la part d’entreprises italiennes.

Ainsi, c’est sur ces deux pistes que la coopération économique entre nos deux pays doit continuer à s’accroître, d’un côté, les grands projets entre les grandes entreprises, qui sont les seuls à trouver de l’espace dans la presse et de l’autre côté, le réseau croissant des relations entre le tissu des PME des deux pays, qui naît et se développe loin des projecteurs, sans être toutefois moins important pour la croissance de l’économie algérienne. Parmi les domaines suscitant grand intérêt des entreprises italiennes ces derniers mois, j’ai noté celui de la construction navale et des ports. Le 22 et 23 novembre, deux journées d’étude dédiées à l’échange d’expérience entre les autorités et les entreprises italiennes et algériennes du domaine se sont tenues auprès de l’ambassade d’Italie. De grandes opportunités de collaboration entre les deux pays en sont émergées, et j’espère qu’elles pourront se traduire en projets concrets dans les prochains mois.

Que pensez-vous du climat algérien des affaires et qu’est-ce qui empêche les investisseurs italiens à investir en Algérie. Nos partenaires préfèrent souvent le commerce aux investissements productifs. Pourquoi ?

Comme vous le savez, le tissu industriel italien est essentiellement composé de PME. Le choix pour une PME d’investir à l’étranger est plus complexe et plus difficile que pour une grande entreprise et cela explique en partie la préférence des entreprises italiennes à établir des rapports de partenariat, même à long terme, avec des partenaires et des clients algériens plutôt que de s’engager directement avec des investissements. Les cas de réussite d’investissements italiens dans le pays ne manquent cependant pas, tant par des PME que par de grandes entreprises, et je peux vous confirmer d’un point de vue privilégié comme celui de l’ambassade que l’attention des entreprises italiennes pour les opportunités d’investissement et de partenariat en Algérie est très forte. De toute manière, il y a un investissement important dans le secteur de la production de ciment ainsi que des projets en cours de discussion dans les domaines de l’acier, de l’industrie navale, de la pêche et de l’industrie de la défense.

On parle de la fabrication de la voiture algérienne (Renault) à Bellara (Jijel). Que pensez-vous de la saga Fiat et pourquoi ça n’a pas marché ?

C’est une question qui remonte à environ vingt ans. J’ai essayé de reconstituer les circonstances qui ont fait que ce projet ne soit pas venu à bout, mais j’ai rencontré d’énormes difficultés, étant donné toutes les personnes impliquées à l’époque depuis longtemps à la retraite. Je crains qu’une reconstitution détaillée des faits ne soit désormais que matière pour les historiens. Personnellement je pense que l’Algérie puisse être plus ambitieuse et regarder bien au-delà de l’automobile.

L’Italie a un nouveau gouvernement et ne peut faire l’économie d’un plan d’austérité. De quels atouts dispose le pays pour s’en sortir. Et quel regard portez-vous sur les changements en cours dans la rive sud de la Méditerranée ?

L’Italie a de grandes ressources pour sortir de la crise, notamment la deuxième base industrielle manufacturière en Europe, un grand patrimoine publique, une situation patrimoniale et les actifs des banques meilleurs que dans d’autres grands pays européens, un déficit de bilan inférieur à celui d’autres pays et qui devrait atteindre l’équilibre en 2013 ou 2014, un cadre de mesures d’urgence et de réformes déjà adoptées ou en cours de définition qui nous permettra de surmonter cette conjoncture négative.

Avez-vous préparé le programme italien du Festival européen d’Alger 2012. Quels sont les artistes participants ?

L’Italie participera sans doute à l’édition 2012, ainsi que d’autres pays membres. Nous avons prévu un spectacle de danse et un concert de world music.

Que fait l’ambassade d’Italie en Algérie afin de marquer sa présence culturelle ?

La présence culturelle de l’Italie est assurée par l’Institut culturel italien d’Alger qui est également la section culturelle de cette ambassade. Les activités visent à promouvoir et à diffuser la langue et la culture italiennes via un programme annuel assez varié ciblant différents domaines, souvent en synergie avec les institutions locales et en réponse aux attentes du public algérien. Nous avons un public très attentionné à l’égard de nos activités qui sont annoncées, non seulement par le biais des médias (presse, télévision et radio) mais également par nos sites web de l’ambassade et de l’Institut. En plus, tous ceux qui désirent participer à nos activités peuvent s’inscrire à la newsletter en consultant les sites susdits. L’accès à nos activités est public et à titre gratuit, même s’il y a parfois des consignes relatives à la capacité d’accueil des lieux d’événements.

Où se situe la langue italienne par rapport aux autres langues étrangères en Algérie ? Êtes-vous en relation avec le département des langues de Bouzaréah ?

Le volet de la promotion et de la diffusion de la langue italienne est primordial dans nos relations bilatérales. L’importance d’étudier l’italien s’inscrit dans l’affinité culturelle du pourtour Méditerranéen. Depuis 2004-2005 l’enseignement de la langue italienne est assuré dans les lycées algériens, grâce à une contribution de l’Etat italien, par des enseignants diplômés en langue italienne des universités algériennes. En effet, il y a trois départements d’italien importants auprès des universités de Annaba, Blida et Alger (Bouzaréah) avec plus de 1000 étudiants. Des formations de perfectionnement sont organisées chaque année par notre Institut culturel au bénéfice des enseignants, en didactique de l’italien langue étrangère, par le biais de conventions et de partenariat avec les universités italiennes de Pérouse et de Sienne. Des bourses sont également octroyées par notre ministère des Affaires étrangères pour permettre toujours aux jeunes diplômés d’améliorer leur niveau linguistique en Italie. Nous souhaitons aussi que la langue italienne en tant que troisième langue étrangère puisse aussi être intégrée dans les lycées algériens dans un futur assez proche et nous sommes aux côtés des institutions algériennes pour collaborer dans la mise en place de cette initiative.

Bio Express

Né le 21 juin 1957 à Borgo San Lorenzo (Florence), M. Giampaolo Cantini obtient, à l’âge de 24 ans, une licence en sciences politiques dans sa ville natale. Deux années plus tard, l’ambassadeur d’Italie en Algérie fut nommé secrétaire de légation à la direction générale des affaires politiques au 1er bureau (coopération politique européenne, Conseil de l’Europe, Union de l’Europe occidentale) avant d’obtenir le diplôme de l’Ecole de hautes études internationales de l’université de Florence. M. Giampaolo Cantini occupa plusieurs postes dont celui de premier secrétaire près de la représentation permanente de l’Italie près de l’ONU à New York; en 1989 et celui de premier conseiller – politique interne et affaires consulaires auprès de l’ambassade d’Italie à Washington en 1999. En 2005, il fut désigné ministre plénipotentiaire avant de rallier l’ambassade de son pays en Algérie, à partir de 2007 jusqu’à ce jour.

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Un commentaire sur “Giampaolo Cantini, ambassadeur d’Italie en Algérie : «Le choix pour une PME d’investir à l’étranger est complexe»

  1. Omar
    novembre 30, 2011

    Cette confusion prouve la déliquescence avancée de l’Etat de Bouteflika, à l’image de sa décomposition physique et mentale de plus en plus grave, que le peuple algérien constate quand il a la chance de voir cette momie à la télé.

    Depuis son discours catastrophique de Tlemcen , du 15 avril 2011, que d’aucuns avaient jugé pathétique ; cupide et obstiné, Bouteflika devient tragique et pratique une fuite en avant dangereuse pour la cohésion, l’unité, la stabilité et la sécurité nationales.

    Si, durant l’année 2011, l’Algérie est passée à coté de la catastrophe, grâce à la « ruse », comme l’a dit M. Ali Bahmane, dans son éditorial intitulé « 2011, l’année de la ruse », publié dans El Watan d’aujourd’hui, le tsunami social , qui se prépare, risque d’emporter en 2012 le clan des prédateurs de Tlemcen et le pays avec eux, si les autres institutions de la République trahie et humiliée depuis 1999 et la societé civile ne débarrassent pas le pays de ce clan de prédateurs, qui est préoccupé seulement par le koursi et les avantages matériels qu’il leur procure.

    Des bavures militaires, comme celles qui ont lieu, de plus en plus fréquemment en Kabylie, vont certainement contribuer à empoisonner une atmosphère qui devient explosive.

    SOS, peuple et pays en danger.

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Cette entrée a été publiée le novembre 25, 2011 par dans Actu, Le direct.
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