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AMAR LOUNAS. Architecte et urbaniste : «Nous tentons de réhabiliter des savoirs anciens»

Par Fayçal Métaoui

Les décorations murales de Kabylie résistent à l’épreuve du temps, mais la transmission du savoir ne semble pas acquise…

On agit dans ce monde que par pessimisme. Mouloud Mammeri disait qu’en montagne, il n’y a que les hommes qui poussent. Je suis porteur d’une certaine culture qui voudrait se transmettre. La transmission se fait par ma mère, par nos grands-parents. A nous de restituer tout cela. Je suis arrivé presque par hasard à ce travail. Je voyais ma mère faire de la poterie. Elle fabriquait les ustensiles de cuisine dont on avait besoin et dont on faisait usage. Quand la poterie se casse, elle reprenait les débris pour fabriquer d’autres ustensiles. J’aimais beaucoup cette notion de recyclage dans la poterie ou dans la terre en général. J’ai contribué avec ma mère à la confection des décorations exposées ici. A la base, je suis venu juste pour l’accompagner. Même si je me suis pris de passion pour l’architecture de terre depuis peu, j’essaie de faire quelque chose qui répondrait aux conditions climatiques du futur. Je suis architecte exerçant en France, j’ai vu de par mes voyages en Autriche, en Allemagne et ailleurs que les constructions en terre n’ont aucune «honte» à côtoyer les bâtisses ultramodernes. Chez nous, le parpaing fait table rase de ce qui a existé auparavant. Nous tentons de réhabiliter des savoirs anciens sans aucune prétention. Nous ne sommes pas les seuls. Des travaux se font dans la discrétion. Sur cette couche superficielle de la terre que nous occupons, nous essayons de donner un sens à l’existence. Quand on peut s’abriter en terre, il faut le faire. Et quand il faut fabriquer des outils en terre, on doit pouvoir le faire.

A propos, comment réhabiliter les architectures de terre et faire oublier le béton et le ciment ?

A mon avis, la démarche devrait être politique. Encore faut-il instaurer une esthétique de la terre pour pouvoir donner un sens à ce qui est faisable. Je ne pourrais jamais dire «construisez en terre», si moi je ne commence pas par donner l’exemple. Cela veut dire que les gens voient ce qu’est l’architecture de terre, les vertus de la terre et que eux-mêmes se projettent dans une architecture de terre. On ne pourra pas dire «démolissez vos constructions en parpaings et en briques et venez construire en terre». On ne pourra jamais réhabiliter l’architecture de terre si l’on ne vient pas avec des équipements… Il faut procéder presque par colmatage. Que manque-t-il à cette architecture qui cohabite déjà avec l’architecture en béton pour pouvoir faire sa promotion ? Il faut qu’on fasse un diagnostic et qu’on recense ce qui manque pour pouvoir venir à cette architecture et aux gens qui y sont liés.

Faut-il pour cela qu’une volonté politique s’exprime ?

Absolument. Demain, l’enjeu ne sera pas la sauvegarde, mais l’habitabilité. Comment nos ancêtres habitaient-ils dans des maisons et dans des villes ? Aujourd’hui, nos maisons sont moins fréquentées qu’avant parce que nous ne savons plus habiter les pièces que nous construisons. On ne sait plus si une chambre est une salle de bains, un salon ou une cuisine ! Auparavant, dès qu’on franchissait le seuil de la maison, on savait où se trouvait la cuisine, la chambre à coucher, la salle de séjour… Tout cela avait un sens. Cette qualification des espaces que l’être humain occupait à l’époque donnait sens à sa vie.

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5 commentaires sur “AMAR LOUNAS. Architecte et urbaniste : «Nous tentons de réhabiliter des savoirs anciens»

  1. Rabah
    novembre 25, 2011

    C’est la volonté politique sincère qui manque le plus, mon ami.

    Surtout en ce qui concerne la Kabylie que le clan des prédateurs de Tlemcen a économiquement et industriellement appauvie et politiquenment et culturellement isolée, pour avoir osé dire non à son diktat, en 1999.

    Mais tout a une fin et ce cauchemar va bientôt connaitre la sienne.

    La Kabylie éternelle fleurira de nouveau et ne sera que plus belle, avec toutes ses couleurs vives, aujourd’hui ternies par le sang des 136 victimes du Printemps Noir, dont Bouteflika et Zerhouni porteront
    l’entière responsabilité devant nos tribunaux, lorsqu’ils auront à
    leur tête des hommes et des femmes justes et ceux de la communauté internationale.

  2. daghor
    novembre 26, 2011

    Bonjour

    pourrai_je avoir les coordonnées de cet architecte, merci.

    • elwatanlafabrique
      novembre 26, 2011

      bonjour
      vous pouvez contacter l’auteur de l’article
      fmetaoui@gmail.com

      merci

    • lounas
      novembre 30, 2011

      bonjour daghor, vous avez demandé les coordonnées de l’architecte les voici:

      Amar lounas———————AL-AU
      architecte dplg Urbaniste IAUR
      22 place aux huiles
      13001 Marseille
      t: 06 50 01 16 20 fax 08 81 80 92 09
      email at.lunes@gmail.com

  3. Hamid KARAALI
    avril 12, 2012

    Bonsoir , Azul Amar mais C’est la volonté politique sincère qui manque le plus méme attas

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Cette entrée a été publiée le novembre 25, 2011 par dans Actu.
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