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Ce que j’en dis : « La Baie d’Alger », triste conclusion du Maghreb des films

 

Par Samir Ardjoum

En guise de clôture du Maghreb des films 2011, les programmateurs ont choisi de présenter La Baie d’Alger, avant-dernière production de Merzak Allouache. Triste conclusion !

Au tournant des années 70, Merzak Allouache a été mieux qu’un cinéaste : un sismographe. En deux films, il a su capter le ras-le-bol d’une jeunesse en pleine suffocation, reprendre les commandes d’une maison cinéma qui ne faisait que s’apitoyer sur son sort post-colonialiste (Guerre de libération et Révolution agraire furent les atermoiements des cinéastes-fonctionnaires algériens de cette période) et dépoussiérer subtilement la mise en propos. Omar Gatlato puis le méconnu L’Homme qui regardait à travers les fenêtres, sont deux grands films qui laissaient aux spectateurs le soin de voir l’état des choses. Le cinéma redevenait un acte de résistance car ancré dans une réalité incertaine

Et maintenant on va où ? Tenter d’échanger sur les derniers films d’Allouache, c’est renoncer à en extraire une émotion. Que penser de Bab-el-Web, Harragas, Chouchou, et maintenant La Baie d’Alger ? De bouts de ficelles scénaristiques plus ou moins correctes en absence évidente de réflexion cinématographique, la filmographie d’Allouache s’effiloche comme si l’auteur n’avait plus l’en(vie) de s’investir pleinement dans quoique ce soit. S’agissant d’une commande pour France Télévision (aucune date de diffusion prévue à ce jour) et adapté d’un roman autobiographique de Louis Gardel, La Baie d’Alger est un téléfilm aussi prévisible que raté. Tout est formaté dans cette chronique des années d’innocence où le jeune Gardel découvrit la sensualité sous la forme d’une belle naïade à la chevelure dorée, la liberté de la littérature avec les mots de Camus et la tolérance avec la révolution algérienne qui prenait de plus en plus d’ampleur.

Mise en scène qui sent la naphtaline, caméra lourde et maladroite, Allouache peine – depuis longtemps – à prendre possession et capter les doutes de ses corps impatients. D’où la désagréable impression de voir un film qui avance à reculons, l’inquiétude de constater qu’Allouache manque à l’appel dans cette expérience audiovisuelle, et la tristesse de voir un cinéma qui flirte avec les pires stéréotypes narratifs de cette période. Au cours d’un déjeuner, une dispute éclate entre une protagoniste, dont les idées de gauche servent à exprimer les bienfaits d’une Algérie indépendante, et un sexagénaire de droite, glorifiant une Algérie française et les générosités de la colonisation Que fait Allouache ? Un simple jeu de champs/contrechamps, où le filmage primitif pourrait faire songer à la retransmission d’un match de Tennis. Je lance la balle, il me la renvoie, et tout cela durant cinq longues minutes. Plus de distanciation entre Allouache et son sujet, aucune imagination visuelle qui aurait donner du liant à la mise en scène. Juste un produit de consommation !

Allouache regarde à travers sa fenêtre, en plan moyen alors qu’il devrait l’ouvrir, lever sa tête et observer le monde en plan large. Sa perception serait plus efficace et son cinéma, sans doute plus aéré ! Peut-être que Normale, sa toute dernière production cinématographique qui vient de remporter le prix du meilleur film arabe au récent festival de Doha, et où il sera question des désillusions actuelles de la jeunesse algérienne, saura contredire une filmographie en dents de scie…

Plus :

Lire aussi la critique de Mollement, un samedi matin

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Un commentaire sur “Ce que j’en dis : « La Baie d’Alger », triste conclusion du Maghreb des films

  1. Taj
    novembre 19, 2011

    Ouf pour une fois une critique!!! Merci !!!! Un acteur ne joue pas le rôle il vit la chose alors que les acteurs ici essayent trop de bien faire avec des gestes grands stéréotaxiques, ca guelle, ca pleur a sanglot, ca crie mais pas d émotions; ca joue tout simplement … Ils confondent théâtre et cinéma….alors qu’ il y a une différence énorme… comme on dit Le cinéma est le terrain du réalisateur ou les acteur sont ses marionnettes alors que le théâtre est celui de l acteur… Chez nous le film est encore dans sa forme comique ou de clown qui fait rire! Rouichade même quand il joue un autre rôle met toujours de l humour et par conséquent il reste dans son rôle primitif de ‘Faire rire’’ au lieu de rentrer dans le rôle du film…Est ce que l Algérien ne serait pas prêt de concevoir la fiction du peut être a divers facteurs?

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Cette entrée a été publiée le novembre 7, 2011 par dans Actu, L'édito.
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