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Coup de gueule : Rachid Boudjedra s’attaque à Kateb Yacine

Par Noël Boussaha

Guelma a, durant deux jours, vibré à travers la nostalgie théâtrale de Kateb Yacine. Mercredi et jeudi, le public était convié à la salle de cinéma El Intissar pour le colloque international, organisé par l’Association pour la promotion du tourisme et de l’action culturelle de l’antique Calama, consacré à l’expérience théâtrale katébienne. El Watan a été honoré par trois prix décernés, l’un à notre correspondant d’Oran, le second à la correspondante de Constantine, et le dernier, pour la double page consacrée au «père» de Nedjma, sur El Watan Week-end. Cette troisième édition a aussi été très animée grâce à la présence de Rachid Boudjedra, dont on connaît le verbe qui a fait sa réputation depuis la parution de son roman, La répudiation, en 1969. Ses interventions, fondées sur un nombre impressionnant de contradictions, de contrevérités, voire de déni de la mémoire de Kateb Yacine, ont hautement ému Fadila sa sœur, qui a tenu à pousser son propre coup de gueule. «Je ne comprends pas qu’un homme tel que Boudjedra puisse avoir une attitude aussi immorale envers la mémoire de mon frère, s’insurge-t-elle. Comment les organisateurs ont-ils pu faire venir quelqu’un comme lui ? Je ne peux plus cautionner ce genre de mascarade ! En plus de cela, il a usé de mépris et de dédain envers le public, essentiellement les jeunes Guelmois, qui se demandaient si ce colloque ne lui était pas plutôt consacré.»

Comment expliquer qu’en lieu et place d’œuvres littéraires de Kateb Yacine, on trouve dans le hall d’entrées une pile d’ouvrages de ce même Boudjedra, qui ose prétendre aimer le chantre du théâtre algérien ? Comment expliquer qu’un soi-disant homme de lettres passe toute une après-midi à se faire interviewer, à la limite de se prendre pour le centre du monde ?

Entre lapsus révélateurs, telle la confusion entre Nedjma et La répudiation, et surtout des allusions douteuses sur la vie de Kateb Yacine, tous les ingrédients étaient réunis pour que Rachid Boudjedra se transforme en inquisiteur. Tantôt il a fait passer Kateb pour un alcoolique notoire, tantôt pour un homme à femmes, «mal entouré, entouré de personnes néfastes, de petits théâtreux qui n’avaient rien à voir avec le théâtre et qui ne savaient ni lire ni écrire», tantôt il rendait son théâtre «populiste». Et Kamel Yahiaoui, artiste, plasticien et poète, parent de M’hamed Issiakhem qui a bien connu Kateb Yacine, puisqu’il avait consacré, à cette occasion, toute une exposition dédiée à l’œuvre katébienne, n’en pouvant plus de supporter ce genre d’inepties jetées aux membres de la famille Kateb, stupéfaits, s’est écrié deux fois : «C’est une imposture ! C’est une imposture !» avant de quitter la salle. Doit-on comprendre que ces pseudo-mauvaises fréquentations se résument à M’hamed Issiakhem, Mouloud Feraoun, Mohammed Dib, Malek Haddad, Mohamed Zinet, Ali Zamoum, Mohand Saïd Ziad, Ahmed et Hocine Asla, Emmanuel Robles, Jacqueline Arnaud, Armand Gatti ou Jean-Marie Serrault ?

«Cette troisième édition du colloque international dédié à mon frère m’a hautement déçue, confie Fadila, les yeux embués, je ne peux plus cautionner ce genre d’évènement qui m’a semblé ni plus ni moins qu’une pièce de théâtre mal jouée.» Dommage pour une ville comme Guelma, qui aurait mérité de meilleurs invités. Dommage pour cette jeunesse guelmoise, dont ces jeunes licenciées en français, déçus de cette présence indécente qui n’avait pas sa place à proximité du douar Sfahli, des terres ancestrales des Keblouti. Dommage pour un colloque à vocation internationale qui a fini par une remise de prix sur un fond musical digne d’une discussion de salon… «Les ancêtres redoublent de férocité.»

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13 commentaires sur “Coup de gueule : Rachid Boudjedra s’attaque à Kateb Yacine

  1. moi
    octobre 27, 2011

    Pourquoi, kateb est un intouchable, c le bon dieu? arrêtez votre snobisme à la gauche bobo…boudjedra peut dire ce qu’il veut…

    • Mima Benmati
      octobre 28, 2011

      qui as invite boudjedra?c la question que je me pose

    • Lakhdarinou
      octobre 28, 2011

      Rachid Boudjedra n’avait tout simplement pas sa place dans ce colloque…

    • Gravissimo
      octobre 31, 2011

      Cher(e) monsieur ou madame,
      Kateb Yacine n’est pas un intouchable mais de le salir en le traitant d’ivrogne alors qu’il est mort et ne peut donc pas se défendre c’est vraiment indigne, en plus cela vient d’un autre écrivain je trouve cela hallucinant.
      Ah jalousie quand tu nous tient, honte à vous M Boudjedra.
      N’en déplaise à M. Boudjedra, en littérature si « la répudiation » est une Renault « Nedjma » est une Ferrari; il faut vraiment ne rien connaitre a la littérature pour les comparer sans pour autant retirer un gramme du talent de M. Boudjedra

  2. DADCI
    octobre 28, 2011

    Les masques tombent enfin, c’est un soulagement pour moi. J’ai boycotté cette 3e édition et j’avais raison. En 2008 (le lien de mon papier en page culturelle sur el watan : http://www.elwatan.dz/archives/article.php?id=107740) j’avais tiré à boulets rouges sur cette association fantoche. Son président ( un ex du FIS) m’avait finalement embobiné en 2009 prétextant qu’il allait organiser un colloque international avec l’aval de Fadila. Le lien de mon article : http://www.elwatan.com/archives/article.php?id=139479. La suite est connue, la famille de kateb yacine à hamman n’bails avait exprimé haut et fort leur refus qu’un tel énergumène utilise yacine comme registre de commerce, en saisissant la ministre de la culture. Une enquête fut diligentée. Pour la suite de l’histoire il faudrait me solliciter pour un papier…..

  3. Benzaid Yazid
    octobre 29, 2011

    Yazid Benzaid on peut critiquer l’œuvre de kateb, ces positions politiques, mais on n’a aucunement le droit de dénigrer un homme, de surcroit décédé, sur sa vie privé. le pire c’est que cela vient d’un grand homme de lettre, qui est sensé donner le bon exemple. ou va l’Algérie avec de telles pratiques?

  4. amina
    novembre 1, 2011

    Regrets et mélancolie à la lecture des multiples interventions. Les affres de Boudjedra sont connues mais de là à avilir la mémoire d’un des chantres de la littérature algérienne d’expression française, c’est regrettable. La culture algérienne n’avait pas besoin de ce coup de massue.
    Y aura-t-il un autre colloque l’an prochain ? Qui aura perdu dans cette confrontation ?

  5. Omar
    novembre 1, 2011

    Mais enfin regardez-moi tous ces indignés derrière leurs PC.. on dit deux trois mots qui ne vont pas dans le sens de l’hallucinant consens katebien et tout le monde tire à boulets rouges… Boudjedra est un vrai romancier, dont l’oeuvre dépasse en ampleur et en profondeur ce qu’a pu produire le précurseur Kateb Yacine avec Nedjma (son seul vrai roman, doit-on le rappeller ?).. J’ai toujours trouvé l’adoration post-mortem de Kateb Yacine malsaine et surfaite..

    • Gravissimo
      novembre 7, 2011

      Cher Omar,
      Je me permet de vous répondre:
      Quand vous dite que l’oeuvre de M. Boudjedra « dépasse en ampleur » celle de Kateb cela est sans doute vrais, mais s’agissant de la profondeur de leurs écrits respectifs permettez moi de vous dire que vous êtes complètement a coté de la plaque.
      Kateb Yacine est le seul écrivain Algerien a avoir inventé un style d’écriture.
      Nous avons tous enntendu parlé du style katebien mais nous attendons toujour d’entendre parler du style Boudjedrien.
      Je reconnais que cela n’est pas bon de comparer des écrivains puisqu’ils fournissent tous des efforts pour pondre leurs livres, mais la vous m’y avez forcé.
      Slts

  6. Houda
    novembre 4, 2011

    C’est cette article qui est une vraie ‘honte’ et non pas l’attitude de Boudjedra:

    – Boudjedra n’était pas le seul à avoir fait une vente dédicace lors de ce colloque! Par ailleurs, dans la crise que connait le livre aujourd’hui, toute initiative de faire découvrir des oeuvres d’écrivains algérien (au public Guelmi entre autres) est la bienvenue. L’absence d’oeuvre de Kateb n’est pas la responsabilité de Boudjedra mais celle (si on doit désigner des responsables!!!) des organisateurs. Et quel mal y-t-il à ce qu’il se fasse interviewer ? Et là encore il n y a pas que Boudjedra qui l’a été, el Nasr a fait toute une série d’entretien avec les intervenant, entretiens qu’ils ont publié.

    – Personne n’a dénigré personne!!! Bien au contraire Boudjedra s’est dit être « le fils spirituel » de Kateb, et l’un de ses plus grands admirateurs. Il a simplement dit avoir rencontré Kateb dans un bar. le fait que quelqu’un boit, n’en fait pas forcément un alcoolique. D’ailleurs de son vivant Kateb lui même parlait le plus normalement du monde du fait qu’il buvait de l’alcool, (file:///Users/houdahamdi/Desktop/Kateb/Kateb%20Yacine%20et%20le%20combat%20identitaire%20-%20YouTube.webarchive) C’est par simple hypocrisie qu’on veut l’enfermer aujourd’hui dans un moule qui n’est pas le sien, afin de le rendre conforme à une moralité qu’on veut générale. Quand on ouvre le volet biographie sur la vie d’une personnalité il faut avoir la capacité et l’ouverture d’accepter les témoignages tels qu’ils sont. Pourquoi refuser la parole de Boudjedra qui lui a belle et bien connu Kateb de son vivant, et accepté celle de Kamel Yahiaoui qui est le neveu de l’ami de Kateb, et qui ne l’a pas donc connu directement?

    – Il est indéniable que Boudjedra est un écrivain algérien qui a fait ses preuves. Si d’autres ont eu la chance de le découvrir et de réaliser qu’il n’est pas au « niveau » requis, alors c’est aussi bien de laisser aux publics et à jeunesse Geulmi la possibilité de le voir, de l’écouter, de débattre avec lui, et de faire, ou pas, le même constat que d’autres: chacun a le droit de se faire sa propre opinion. Ou devrions-nous donner la parole aux seules personnes qui sont « politiquement correcte »? et dans ce cas que ferions nous de la liberté d’expression…????

    Quant à la littérature algérienne on devrait plutôt considérer comme une chance le fait d’avoir tant d’auteurs avec tant de styles différents, c’est à croire qu’il ne devrait y avoir qu’un seul GRAND!
    Voila une belle perte de temps: au lieu d’échanger sur les oeuvres, sur les styles, sur les techniques, sur la beauté de la langue… on passe notre temps à s’indigner comme si c’était la vie « parfaite » d’un homme qui ont fait un grand homme de lettre…

    « le pire mensonge c’est de dire la moitié de la vérité », personnellement, je considère les propos de cette article comme une pure diffamation.

    • Gravissimo
      novembre 7, 2011

      Cher Houda,
      Je me permets aussi de vous répondre:
      M. Boudjedra a parlé de boissons, de femmes et de mauvaises fréquentations lors de son intervention il l’a fait dans un colloque dédié a Kateb, dans la ville de kateb, en présence de la famille de kateb. en tant qu’homme de lettre M. Boudjedra était plus attendu dans la critique luiterraire que celle de la personne.

      Au cas échéant c’est aux personnes qui ont côtoyé Kateb durant son existence de parler de sa vie personnelle.

      Chere Houda, je peux vous assurer que M. Boudjedra n’a jamais fait partie du cercle d’amis de Kateb, il l’a tout juste rencontré à une ou deux reprises, il ne peux donc pas parler de sa vie personnelle.

      Slts

  7. Houda
    novembre 7, 2011

    Bonjour,
    Tout d’abord ma réaction à l’article comportait plusieurs volets, et le témoignage de Boudjedra n’en constitue un seul.
    Personnellement, et comme je l’ai déjà dit, je ne pense aucunement que c’est la vie d’un homme / femme de lettre qui en fait la grandeur mais son oeuvre.
    Le colloque s’inscrit dans une volonté de parler tant de l’oeuvre que de l’écrivain lui-même: c’est pour ça que depuis la première édition il invite autant de membres de sa famille et de ses amis… afin de cueillir leurs témoignages (d’ou la présence d’ailleurs des Kateb, des Issyakhems, des Zamoum…), et c’est tant mieux.
    Après, du moment qu’on ouvre le voie à cet aspect témoignage de vie, il faut accepter d’entendre des choses qui ne nous plaisent pas forcément, selon notre sens moral à nous. Je ne comprends toujours pas pourquoi on s’indigne lorsqu’il mentionne que Kateb buvait, alors qu’il buvait bien, et que tout le monde sait ça (justement parceque peut être nous étions bien dans la ville de Kateb)? En fait ce n’est pas Boudjedra qui a dénigré la mémoire de Kateb, mais toutes les personnes qui portent un jugement sur la vie personnelle de Kateb en appliquant leur propre moral. Je ne sais pas à quel point Boudjedra a connu Kateb, mais au moins sur ce point je sais qu’il n’invente pas. et encore une fois, j’ai envie de dire qu’à mon sens, ça NE CHANGE RIEN que Kateb buvait ou pas, c’était sa vie, c’était sa moral, c’était son choix… il est et il restera un esprit libre, et un grand homme de lettre.
    Cordialement

  8. Radka
    novembre 10, 2011

    Franchement, il ne faut pas comparer l’incomparable. Je parle du style, de l’écriture, du talent d’écrivain… je ne parle pas des personnes. Boudjedra est catastrophique, langage trop familier, de la rue, pas de noeuds, des personnages psychopathes et leur univers.banal agaçant et sans portée ..Ses blasphèmes, ses insultes, ses hallucinations, ses fantasmes …donnent la nausée et incitent le lecteur à détester et fuir la lecture. Un écrivain non engagé … Alors que Kateb est tout à fait le contraire: ses citations sages, ses personnages compliqués et leur univers compliqué et merveilleux, sa langue correcte et son style raffiné et si original et authentique …défient le lecteur et l’incitent davantage à la découverte de l’aventure et les trèsors que renferment son écriture donnent lieu à une lecture plurielle contamment renouvlée, redécouverte et qui offre maintes traductions…un écrivain engagé et talentueux remarquable.

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Cette entrée a été publiée le octobre 27, 2011 par dans Actu, Le direct.
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