El Watan2

le laboratoire médias

Concert de Gnawa Diffusion: Coups de ceinture et palette en bois

Djezzy, depuis l’année dernière, tout comme ses concurrents Nedjma et Mobilis, organise chaque soirée, un rassemblement collectif autour d’un son (Gaada Diwan de Bechar, l’ONB…), du verbe (Wahid, Booder…) ou bien de quelques images partiellement sélectionnées. L’auberge espagnole est ouverte depuis le 20 juillet, offrant à boire et à manger dans ce florilège bancal de nécessité ludique dont les prix des billets peuvent avoisiner les 500 voire 1000 dinars. Coût excessif certes, mais Ramadan oblige, ce sera le mois de l’hyperconsommation. Discutable…oui mais comment le prouver ? Vendredi soir, retour triomphal et reformation de Gnawa Diffusion. Radio, TV et la toile se sont unies pour relayer l’info. « Si tu ne te trouves pas sous le plus grand chapiteau du monde, celui de l’hôtel Hilton, tu passes pour un has-been ». Il faut en être, clame le média algérien, il faut donc laisser tomber les parties de Gouinche et le thé à 20 dinars et se ruer en qualité de fennec « in » vers cette foule impatiente de remuer au son d’Amazigh Kateb et de ses musicos. Alors on y va !

A 21h, la file d’attente pour obtenir les billets a une drôle d’allure. Certains s’entassent devant la grande porte pendant que d’autres font la queue patiemment. On sent tout de suite qu’attendre ne sert à rien, il faut trouver un moyen d’entrer, la file n’avance pas. Devant la grande porte blanche, la foule siffle et crie, impatiente. Vers 21h30, les centaines de jeunes poussent en direction de l’entrée. Le mouvement de foule va et vient, les membres de la sécurité sont dépassés. Pour seule réponse, les gardes habillés de bleus marine brandissent de larges ceintures et font mine de frapper les premiers rangs avec.

Malaises
Pour calmer le public, les organisateurs tentent de fermer les portes, de force. Raté, le mouvement de foule est brutal, plusieurs dizaines de personnes sont poussées à l’intérieur, d’autres sont écrasées contre les portes et les barrières. Cris, bousculades, dans la marée humaine, certains tentent de calmer la panique. Les gardes eux, refusent d’ouvrir les barrières pour éviter l’écrasement. Les premiers malaises surviennent. Une jeune femme s’écroule. Son ami, qui tente de franchir la barrière pour la secourir est violemment repoussé. Impossible d’obtenir de l’eau. Quatre jeunes hommes sortent de la file pour la porter plus loin. Un garde, visiblement excédé car il n’arrive pas à contenir la foule, renvoie brutalement une barrière sur le public puis s’en va hors de lui.
Ceux qui ont réussi à dépasser les portes, sont contenus quelques mètres plus loin par des membres de l’organisation. Les gens s’écrasent contre les barrières, une deuxième jeune fille fait un malaise, mais rien n’y fait. Les organisateurs n’ouvrent pas les portes et la sécurité est de plus en plus violente.

"C’est comme ça qu’on tient les Algériens"
Un homme d’une trentaine d’année, polo blanc, visage en sueur, se présente comme l’un des membres de l’organisation. "Bien sûr, il y a un problème, mais c’est le public qui ne sait pas se tenir", affirme-t-il. La violence des gardes de la sécurité ? Les coups de ceinture? Les bâtons de bois? "C’est comme ça qu’on tient les Algériens". Pendant ce temps, la foule entre peu à peu sous le chapiteau, la sécurité voit bien qu’elle est débordée de partout, mais elle laisse couler. L’important est que les spectateurs paient leur billet, ce qu’ils font tous. L’atmosphère se détend un peu. Jusqu’au moment où les hommes qui gardent la porte décident de la fermer. Sifflement, hurlements du côté du parking, le public ne se laisse pas faire. La réponse est cinglante. Des gros bras, ceintures autour du coup, chaîne de métal à la main, tentent de bloquer le passage et de dissuader la foule à l’aide de palettes en bois. Il laisse passer les spectateurs au compte goutte. Mais derrière, les centaines d’impatients bousculent. Résultat, ceux qui traversent le barrage musclé en ressortent les cheveux défaits, la chemise froissée, une chaussure en moins, et dans le pire des cas, plié en deux, incapable de respirer.

Une journaliste qui fait quelques photos est violemment prise à partie par un homme vêtu de beige. Un organisateur intervient et s’explique: "A l’heure du f’tour, il y avait déjà un millier de personnes devant les grilles. On n’avait pas prévu ça." Il admet qu’il est dépassé. Devant quelques journalistes, il déclare que la violence n’est pas acceptable, pourtant, derrière lui, les chargés de la sécurité n’ont pas l’intention de se calmer. D’ailleurs l’entrée est bloquée. Impossible de sortir non plus. Alors les plus téméraires escaladent les murs et les grilles. Un employé de l’hôtel Hilton voisin accepte d’ouvrir l’accès pour ceux qui, lassés, veulent quitter les lieux. "On n’est pas des animaux, ils n’ont pas à nous traiter comme ça", s’exclame une jeune femme. Quelques mètres plus loin, un jeune homme en tee-shirt noir regarde la scène complètement dépité: "Je suis venu pour m’amuser. Ca, ce n’est pas de l’amusement. C’est violent. Je rentre chez moi!"

Samir Ardjoum et Yasmine Saïd

Un commentaire sur “Concert de Gnawa Diffusion: Coups de ceinture et palette en bois

  1. Amine
    juillet 30, 2012

    Le nom de la boite organisatrice… faut dénoncer les incompétents.

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Cette entrée a été publiée le juillet 28, 2012 par dans Actu, L'édito, et est taguée , , , , , , .
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