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Festival de Cannes: Parole sacrée

Cannes 8e jour. Une fois n’est pas coutume, aujourd’hui, aucun film ne sera analysé, la parole à trois visages qui participent à leur manière pour cette 65e édition du Festival de Cannes. Malek Bensmail, qu’on ne présente plus comme réalisateur et auteur d’une filmographie aussi remarquée qu’excitante et Hachemi Zertal, producteur et distributeur algérien (Cirta Films), venus tous deux pour présenter le projet Odyssée à l’atelier Cinéfondation et Philippe Diaz qui va réaliser le premier film algéro-américain et dans lequel il reviendra sur les derniers jours de Karl Marx….en Algérie !

Malek Bensmail, réalisateur, et Hachemi Zertal, producteur

Comment vous êtes-vous retrouvé à la Cinéfondation ?
Malek Bensmail : Au début, il y a 400 à 500 scénarios. 15 sont retenus. Le mien en fait partie. Ensuite les cinéastes sélectionnés doivent venir accompagnés de leur producteur et me concernant, du coproducteur français. La Cinéfondation installe un planning dans lequel sont notifiés des rendez-vous. L’atelier est dirigé par George Goldenstein, l’ancien patron de la fiction chez Arte, qui lit le scénario final et cible selon les projets, quels sont véritablement les partenaires financiers qui peuvent éventuellement collaborer avec nous. Très vite, nous rencontrons ceux et celles qui seraient intéressés, puis nous débattons, sur trente voire quarante minutes, du projet, de ses composantes, du casting, des personnages, du film en somme. A l’issue de ces deux semaines, l’idée est de repartir avec des accords de coproductions. Nous concernant, Hachemi et moi, le projet est intéressé par Office Kitano, le producteur de Takeshi Kitano, mais aussi d’une structure canadienne et belge. C’est très important car nous faisons en 15 jours ce que nous ferions normalement sur deux années. Après, nous sommes très prudents sur la surproduction qui serait néfaste pour le projet. Nous devons donc faire des choix. Peut-être que quelque chose se construira avec la Belgique et le Canada.

Et le monde arabe ?
Malek Bensmail : Pour l’Algérie, nous avons vu Mustapha Orif, le directeur général de l’AARC qui nous a conseillé de le déposer au Fdatic.
Hachemi Zertal : L’AARC peut suivre au niveau du financement car de par la loi, le montant dégagé pour chaque long-métrage proposé au FDATIC équivaut entre 10 et 20 millions de dinars. Ensuite, l’AARC peut décider ou non de compléter cette somme en qualité de coproducteur. Il faut d’abord que le film soit retenu par le FDATIC afin que l’AARC puisse collaborer.
Malek Bensmail : Nous nous focalisons beaucoup sur le monde Arabe qui a beaucoup aidé à l’écriture du scénario. Nous avons obtenu l’aide à l’écriture du CNC, le Japon était présent avec la résidence d’écriture de La Villa Kujoyama, et Abu Dhabi Film Festival qui a subventionné le scénario et puis la FAC, le Fonds arabe pour la culture, basé au Liban et qui aide tous les ans des projets. Voilà pour la partie développement.

 

 

 

 
Shinobu Terajima, actrice du prochain film de Malek Bensmail.

Comment défendre ce genre de projet ?
Hachemi Zertal : C’est un projet qui défend des valeurs qui nous incombent telles que la modernité, les questionnements sur la religion et l’islam. Il y a toute la continuité des thématiques propres à Malek à savoir l’identité, la transmission du savoir, et à travers ce film, il sort de l’Algérie pour embrasser le monde d’une manière générale. La culture islamique n’est pas propre qu’au Maghreb. Il s’agit de bien comprendre tous les éléments qui entrent en jeu.
Malek Bensmail : Ce sera une fiction et cela s’intitulera Odyssées.


PHILIPPE DIAZ, réalisateur

Pourquoi ce film sur Karl Marx ?
A la fin de sa vie, et c’était ce qui m’a poussé  à écrire ce scénario, Karl Marx était très malade. En parallèle, il était très proche de ses trois filles et ne voulait pas être un poids pour elles. Il décida de les quitter, ainsi que son pays et d’aller très loin. Comme il n’avait pas de passeport, L’Algérie étant le seul endroit où il n’avait pas besoin de ce papier, il décida d’y aller. Son séjour dura trois mois. Nous étions en 1882. Il se préparait à mourir, et avant de partir, il avait écrit à sa famille, ses amis et il avait poussé très loin son désir, en se rasant la barbe et les cheveux. La mort n’étant pas au rendez-vous, et pour cause de soucis financiers, il dut revenir trois mois après sur Londres où il mourut rapidement.

Quelle est l’idée principale que vous travaillez dans ce film ?
Il faut savoir que Marx a toute sa vie été expulsé des pays dans lesquels il souhaitait travailler. D’abord son pays natal, la Prusse (l’Allemagne d’aujourd’hui), puis la Belgique, ensuite la France et finalement l’Empire britannique où il a pu travailler et écrire ses essais. Quand il arrive à Alger, il se retrouve rapidement confronté avec la nature même de ses écrits. Il en voit l’application. Lui qui a très souvent étudié sur le colonialisme et du fait que le monde occidental accumule les richesses  sur le dos des pays pauvres, il en voit réellement les conséquences. Il découvre la répression de l’administration française, et se retrouve confronté à tout ça. Ce n’est pas un film marxiste, mais je voulais montrer les quelques points où il était dans le vrai. Et puis, il avait raison sur le fait qu’un moment ou un autre, nous ne pourrions plus avoir un système économique basé sur l’expansion permanente sur une planète finie. Mathématiquement, c’est impossible. Des experts disent qu’aujourd’hui, pour vivre comme les Etats-Unis, il faudrait au moins 6 planètes !

Que se passe-t-il lorsqu’il arrive sur Alger ?
Il y rencontre un anarchiste français, un proudhonien (Proudhon étant un philosophe et sociologue français du 19e siècle) avec qui il se lie rapidement. Les deux confrontent leurs idées. Là-bas, Marx rencontre aussi un des premiers militants algériens avec lequel il échange sur l’industrialisation mais aussi les méfaits du colonialisme.

La parole dans votre film sera-t-elle un élément principal de mise en scène ?
La parole sera présente, mais je souhaiterais aussi installer un processus visuel conséquent. Marx prenait beaucoup de cyanure, ce qui lui donnait des hallucinations importantes. A travers ça, j’en profiterais pour faire revivre des moments de son passé, de le confronter à ses erreurs, de convoquer des personnages exceptionnels qu’il a rencontrés. D’ailleurs, la distribution de ce film sera aussi exceptionnel (rires). Maximilian Schell, Mario Adorf, Pierre-Loup Rajot et Abel Jafri.

Il était évident pour vous de travailler avec l’Algérie ?
Complètement. D’ailleurs, quand je suis arrivé là-bas, très vite j’ai été impressionné par le service culturel en Algérie. Par exemple, L’enthousiasme, la force de combat et le point de vue de Khalida Toumi m’a convaincu rapidement. D’ailleurs, j’aurais aimé que nous ayons en France ce genre de personne.

Vos propos ne sont pas souvent partagés par des acteurs du paysage culturel algérien…
Vous savez, j’ai été extrêmement bien reçu par l’ensemble du ministère de la Culture. Les choses ont avancées lentement, ce qui est logique dans le cinéma, mais maintenant, elles sont concrètes. Il y a deux ans, ils m’avaient donné un accord de principe. Deux ans plus tard, le contrat est signé entre l’AARC et ma société, basée aux Etats-Unis. Nous aurons aussi un partenaire français (Rachid Bouchareb et Jean Bréhat pour 3B Production) et belge. L’Algérie est prête pour faire des films qui ne seront pas entièrement algériens. Je pense que la coproduction reviendra rapidement dans ce pays. J’en suis certain !

Samir Ardjoum

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Cette entrée a été publiée le mai 23, 2012 par dans Cinéma, Journal d'un cinéphile extrémiste, et est taguée , , , , , , .
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