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Festival de Cannes: Quel cinéma africain?


« Y en a marre de voir qu’on ne sélectionne que les mauvais films pour le continent africain! » Constat radical d’un collègue festivalier à l’issue de la projection du dernier film de Moussa Touré, La Pirogue, dans la section Un certain regard. Depuis le début de cette quinzaine, pas de quoi frémir devant les films d’Afrique et des pays arabes. Yousry Nasrallah et Nabil Ayouch échouent dans la perspective de sonder le totalitarisme, tandis que Touré peine à capter la beauté dans ce maelström de partages équivoques. L’Afrique est toujours la dernière roue du carrosse. Et pour trouver des pépites, faudra reprendre sa veste, direction Berlin ou Venise, où l’on a de fortes chances de trouver une équité dans les différentes programmations. Frémaux a tort et il l’assume ouvertement.

Les plus mauvais films du continent
Ce matin, 11h, salle Debussy, extérieur pluvieux, intérieur trop officiel et qui sent la naphtaline. En invitant l’équipe du film, il pousse la tromperie en précisant que Touré est son ami. Celui-ci, très vite cite des noms de cinéastes qui l’ont inspiré. Parmi eux, Tavernier. Lui-même ami de Frémaux. Et pour couronner le tout, Moussa Touré renchérit en informant l’auditoire qu’il a rencontré Frémaux sur le tournage de Coup de Torchon. La boucle est bouclée, vive le cinéma ! Il est vrai que le critique de cinéma ne doit pas verser dans ce genre d’information, mais l’impossibilité est tellement présente qu’elle devient insupportable. Pourquoi depuis trois/quatre ans, nous ne voyons que les plus mauvais films provenant du continent, alors que les exceptions sont minimes. Il faut ouvertement revoir la politique d’ouverture d’esprit car cette configuration dénature entièrement toutes les démarches administratives, tous les soutiens financiers et tous les moyens mis en œuvre pour que le cinéma puisse exister dans ce continent et surtout d’être exporté au même titre que les autres cinématographies. Lorsqu’on arrêtera d’associer le terme « film africain » en évoquant une œuvre de Sembène Ousmane, Mahamat Saleh-Haroun ou d’Alain Gomis, et qu’on clamera : « film sénégalais ou tchadien », les choses auront avancés. 




Arrière goût artificiel

Maintenant La Pirogue. Une sorte de remake d’Harragas d’Allouache. Même désir scénographique, même enchevêtrement dans les étapes narratives, et la même insistance sur la politisation des actes. Toujours la même rengaine, pousser le discours quitte à l’élever et lui donner une place conséquente. Il y aura toujours des choses à dire sur les mouvements migratoires, sur tous ces réfugiés quittant leur pays dans une embarcation pourrie et qui pour la plupart mourront noyés. A quoi sert dans ces moments-là, le cinéma ? Peut-il encore faire office de sondage artistique ? Réponse occasionnellement positive. Moussa Touré réalise une pièce de théâtre, la pose dans des images, brille le cercle de l’objectif et lance des personnages en quête d’inexistence. Troublant de voir que les acteurs ne jouent pas devant le spectateur, mais devant le réalisateur. La vie prétendument cinématographique donne un arrière-goût artificiel. Une fiction qui serait déshumanisée, qui n’aurait pas la force d’aller à l’essentiel, qui serait larvée, obsolète voire inapte à travailler les différents niveaux de lecture d’un plan quelconque. Etrange car ce film qui veut déranger, a la malchance de provoquer l’effet inverse. Terrible sensation de caresser un ratage. Injustice, mais clair et concis !


Le combat de trois trafiquants d’alcool
Filmer la grande Histoire et la calquer sur celle des petites-gens, le sénégalais Moussa Touré et l’australien John Hillcoat ont ce point commun. Un autre pourrait être signalé : leur propension à vouloir (trop) mythifier leur récit. Mauvaise idée. Hillcoat raconte dans Lawless (sélection officielle) le combat de trois frères bootleggers (trafiquant d’alcool) contre la Loi, représentée par des crapules, obsédés sexuels et mou du genou. Il le fait de manière très simpliste, en coloriant une belle vitrine d’accessoires propre au genre. Un western de dernière heure. On ne s’ennuie pas. On ne tressaillit jamais. De bons comédiens, une photo léchée, un scénario du songwriter Nick Cave et une réalisation d’un bon faiseur d’images. Un film qui pourrait se télécharger sur le net, être vu au cours d’une soirée pépère et consommé aussi rapidement qu’il a été pensé. Serait-ce la vision majoritaire de ce que l’on attend du cinéma américain à Cannes ?

Samir Ardjoum

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Cette entrée a été publiée le mai 20, 2012 par dans Cinéma, Journal d'un cinéphile extrémiste, et est taguée , , , , , , .
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