El Watan2

le laboratoire médias

Festival de Cannes: Tahrir vue par Yousry Nasrallah


La bande-annonce de Après la bataille

Yousry Nasrallah est égyptien. Il a vécu les évènements de la place Tahrir comme tout le monde. Il se trouvait dans le clan des opposants. Ils étaient des milliers. Lui et ses confrères cinéastes filmèrent ce grand moment de cinéma pour mieux cerner les enjeux de cette révolution. Une idée de film était déjà dans son esprit. Puis Tahrir est arrivé et le cinéma a fait le reste. Après la bataille (Sélection officielle) est le fruit de ces 18 jours intenses où l’Histoire s’empara de nouveau du territoire égyptien. Peu de réalisateurs surent capter cette euphorie en mouvement excepté le documentariste italien Stevano Savona (Tahrir, 2011), qui n’oublia pas de prendre suffisamment de recul pour donner à sa caméra une discrétion indiscutable. Et la fiction ? Nasrallah en est conscient. Il prend un épisode fâcheux de cette révolution, «La Bataille des chameaux», qui a vu des centaines de «cavaliers» manipulés par les services du régime, charger les manifestants. Nous étions le 2 février 2011. Nasrallah donne vie à l’un de ses cavaliers et l’installe dans un récit où il sera question de trahison, de désirs inassouvis, de baisers volés et de conscience morale et familiale. Mahmoud sera le repenti, et Reem, cette publiciste laïque, divorcée et accessoirement une militante qui vit dans les beaux quartiers du Caïre. Contraste sociologique, origines diverses et verbiage sans fond. Après la bataille se veut un manuscrit pour comprendre réellement les tenants et aboutissants de cette révolution. Un parchemin que Nasrallah déposera ostensiblement afin de marquer le coup et de témoigner cinématographiquement qu’il était là.

Le film dure 120 minutes. Au bout de 60, l’émotion est quasi descriptible, les intentions sont louables mais figées, le va-et-vient narratif devient finalement un handicap qui plonge l’œuvre toute entière dans une surexposition de sentiments. Réputé pour dynamiter intelligemment le genre de l’intérieur (Souvenez-vous le mélo Femmes du Caire en 2009 ou en 2004 avec le film historique La Porte du Soleil), Nasrallah échoue cette fois-ci à éviter une certaine redondance dans un récit qui s’enflamme beaucoup pour ne tisser qu’une toile inachevée. L’urgence de ses propos, de la situation qui continue de péricliter dans un climat austère, ne donnent pas forcément des fictions sacralisées.

Après la bataille souffre d’un trop-plein qui dilate le Temps et rend finalement l’intérieur des plans, aussi creux que bancal. Très vite, on sent deux films dans Après la bataille, l’un se concentre sur la rencontre Mahmoud/Reem définie par plusieurs niveaux de lecture au sein des séquences, rendant les interprétations riches, tandis que l’autre s’éternise paradoxalement sur le revirement politique de Mahmoud qui prends conscience de la gravité de la situation et surtout de son aveuglement face à sa famille, ses amis et Reem. Utopie passagère qui souffre de l’éternité et un jour!

Samir Ardjoum

About these ads

Un commentaire sur “Festival de Cannes: Tahrir vue par Yousry Nasrallah

  1. Rabah
    mai 18, 2012

    A quand un film sur la Place du 1er mai ?
    Son héros un vieillard de plus de 90 ans, dans le rôle du brave Ali Yahia Abdenour qui à osé bravé et faire baver des centaines de flics.
    Les victimes des printemps avortés algériens, commencés depuis 1980 ne doivent pas être oubliés ainsi que les 136 victimes de la bêtise de Zerhouni couvert par Bouteflika.
    Ils doivent rendre compte de leurs crimes.
    Vive l’Algérie !
    Vive la République !

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :